Publié le 11 Oct 2020

Exposition “L’Arche, Alliance de l’Humanité”

“L’Arche. Alliance de l’Humanité”. Voici un titre assez impressionnant pour une exposition qui se présente dans un cadre intime à cause des exigences de la situation actuelle. Mais cette exposition – et son thème -s’inscrivent dans une réflexion et une activité artistique confrontées à des transformations auxquelles on ne reste pas indemne.

Parlons donc de la représentation de l’Arche. Ce que je peux dire, c’est que le départ de ma réflexion a pour référence trois références bibliques : la première, l’Arche de Noé, (“tévat noach” en hébreu), ensuite celle de Moïse dans son berceau (“Moshé batéva”) puis, d’une certaine manière, Jonas “dans le ventre d’un grand poisson”. Ces trois sources lient la notion d’arche à la transmission et la survie d’un peuple, mais aussi, dans son universalité, de celle l’humanité. C’est donc dans une perspective éthique que la représentation de l’Arche se manifeste avec implications contemporaines. Elles se déclinent aujourd’hui sous trois formes d’arche : spatiale, biologique et embarcation. Elles ont inspirées les représentations des Arches qui seront exposées fin octobre (tableaux à l’huile de 110 cm x 100 cm).

L’arche de Noé

La première apparition de l’Arche est celle construite par Noé afin de sauver des représentants de l’humanité, ainsi que les animaux (Genèse : paragraphes 6-8).

Colette Leinman, huile sur toile, 110 cm x 100 cm., 2017

Dans un des travaux, l’espace est séparé dans la hauteur en deux parties, Le rappel de l’Arche, associée au symbole de l’infini (8 horizontal), se trouve en bas de la toile. La forme d’un arc-en-ciel de plumes ou/et d’écailles de poisson apparaît dans la partie supérieure sous forme d’aile d’ange protectrice comme signe de réconciliation et de promesse, symbole d’une alliance indestructible entre la divinité et tous les êtres vivants. Aujourd’hui, la conjonction entre l’insécurité, le danger vital et la construction d’une arche n’est pas dictée par la volonté de changer les normes mais par la prise de conscience du danger qui pèse sur notre planète. L’eau douce risque de disparaître, les animaux sont menacés d’extinction, les sols et les sous-sols sont épuisés, le réchauffement climatique à cause des activités humaines n’est plus remis en question. La population humaine dépasse les ressources nécessaires à sa survie.

Lorsque la biodiversité est en danger, une nouvelle arche de Noé est construite aux confins de la Norvège, proche du cercle arctique, dans laquelle des semences du monde entier sont stockées dans un immense coffre-fort, patrimoine agricole de la terre.

Demain, s’il fallait construire une arche de Noé capable de survivre à un cataclysme terrestre, un vaisseau spatial envoyé dans l’espace abriterait un laboratoire qui conserverait des cellules sexuelles et des embryons de toutes les espèces qui pourrait aider l’humanité à survivre.

Colette Leinman, huile sur toile, 110 cm x 100 cm., 2016

Tévat Moïse – L’arche de Noé

Le récit biblique utilise aussi le terme de “téva” (arche) pour désigner la coracle confectionnée par la mère de Moïse pour le sauver de l’ordre de mise à mort de tous les nouveaux nés mâles hébreux. Courant à cette époque, ce couffin ovale, était constitué d’un tissu ou d’une peau tendue sur un cadre de vannerie calfatée avec du bitume pour en assurer l’étanchéité. Ainsi Moïse, sauvé par la fille de Pharaon, deviendra celui qui sortira le peuple hébreu d’Égypte et qui, dans le désert, lui transmettra les lois divines.

Colette Leinman, huile sur toile, 110 cm x 100 cm., 2017

Le lien entre la volonté de mettre au monde un enfant dans l’option d’un devenir collectif possible, est remis en question. Les féministes les plus radicales refusent de tenir un rôle reproductif, d’accepter la transmission génétique naturelle, jusqu’à exiger, comme le fait Shulamith Firestone, la création d’une matrice synthétique. Le couffin naval confectionné par Tsipora, “l’arche de Moïse” devrait être remplacé par un utérus artificiel, une matrice synthétique comme réponse au refus de la femme de reproduire l’espèce dans une société créé par l’homme et pour ses besoins. Perpétuer l’humanité qui détruit son environnement, et si oui, à quel prix ?

Colette Leinman, huile sur toile, 110 cm x 100 cm., 2016

Jonas dans le ventre d’un grand poisson

Jonas, le prophète, qui faisait acte d’obéissance, refuse de transmettre la parole divine u peuple de Ninive qui pourrait sauver la ville. Il s’enfuit mais, jeté à la mer et avalé dans le ventre d’un “grand poisson”, il accepte de remplir la mission qui lui avait été imposée. L’arche-baleine, tombe vivante, se transforme alors en vagin protecteur. Jonas réapparaît pour transmettre un message.

L’arche a permis de se dissocier du lieu de la responsabilité, de s’extrapoler de la réalité.

Paradoxalement, cette exigence provient de l’avenir, comme l’enjeu d’une responsabilité, d’une solidarité entre les générations. La prise de conscience de cette interdépendance porte une valeur, celle de justice. L’intervention de l’éthique se fait désormais sous la forme d’un impératif afin de préserver l’humanité future.

Dans les trois cas, l’image de l’arche est corrélative à une situation exceptionnelle qui se présente dans une continuité plus que dans une rupture. Elle protège, et tout en perpétuant l’impression de sécurité, consolide l’image d’une histoire d’une errance d’une Arche qui, momentanément représentait symboliquement le destin du juif errant, de celui qui passe, de l’”Ivri”, l’hébreu. On peut alors se demander si ce dernier, qui a enfin retrouvé sa terre, ne crée pas une situation de crise, restant ainsi sensible à sa propre précarité afin de donner un sens à sa vie en tant qu’individu et collectivité.

La rédaction Le Monde Juif .info | Photo : DR

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