Publié le 6 Juil 2019

Tergiversations des députés sur l’antisémitisme : “un message terrible” envoyé aux français Juifs pour la présidente de l’AJC Europe

La directrice de l’American Jewish Committee (AJC) Europe, Simone Rodan Benzaquen, a qualifié de “message terrible” envoyé aux français Juifs les tergiversations de l’Assemblée sur l’adoption d’une définition de l’antisémitisme. Voici sa tribune :

“C’est pourquoi je confirme que la France, qui l’a endossée en décembre avec ses partenaires européens, mettra en œuvre la définition de l’antisémitisme adoptée par l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah ( IHRA) […] pour permettre aux forces de l’ordre, aux magistrats, et aux enseignants de mieux lutter contre ceux qui se cachent derrière le rejet d’Israël la négation même de l’existence d’Israël, la haine des Juifs”. Ces paroles ont été prononcées par le Président de la République le 21 février dernier.




L’annonce de l’adoption par la France de la définition de l’antisémitisme constituait un engagement important du gouvernement dans la lutte contre l’antisémitisme. La déclaration du Président de la République s’inscrivait dans un mouvement global de prise de conscience de ce fléau, de ses nouvelles formes et de la nécessité d’actes forts pour le contrer.

La France n’est pourtant pas la première à sauter le pas. Le Parlement Européen a adopté la définition de l’antisémitisme de l’IHRA en 2017, le Conseil de l’Europe a suivi en décembre dernier. Le Rapporteur spécial de l’ONU pour la liberté de religion Ahmed Shaheed a appelé jeudi dernier tous les Etats membres à en faire de même. L’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la République Tchèque, l’Allemagne, la Hongrie, la Lituanie, la Macédoine, la Macédoine du Nord, la Moldavie, la Roumanie, la Slovaquie, l’Angleterre, les Etats Unis, Israël, et dernier en date, le Canada, l’ont fait.

L’Assemblée Nationale devait aller dans le même sens le 29 mai dernier. Le report du vote de la PPR soulevait déjà des questionnements et l’annonce d’une réécriture programmée en octobre, conditionnant l’étude même de la proposition de loi, en raison de “désaccords” au sein de la majorité gouvernementale autour du lien fait entre haine d’Israël et antisémitisme porte aujourd’hui atteinte à la lutte contre ce mal odieux dont les racines sont particulièrement ancrées dans certains pans de la société française.

C’est en effet un message terrible envoyé aux français Juifs. Dans le contexte actuel de la montée de l’antisémitisme en France, ces tergiversations sont particulièrement graves. Les mois qui ont suivi l’annonce de l’augmentation de 74% des actes antisémites en France en 2018 ont été marqués par une occurrence quasi hebdomadaire d’incidents. Combien de Sarah Halimi, de Mireille Knoll, faudra-t-il encore commémorer pour enfin traiter avec la plus grande fermeté l’antisémitisme qui tue et qui insulte en se cachant derrière la haine de l’Etat d’Israël ? Treize Français ont été tués parce que Juifs depuis le début des années 2000, et nous marchions il y a quelques mois encore pour exprimer notre refus de cette violence. Parmi les manifestants, on pouvait trouver plusieurs de ces députés qui s’opposent à la résolution aujourd’hui. Qu’est-ce qu’ils feront la prochaine fois quand un acte antisémite grave aura lieu? Iront-ils de nouveau manifester? On leur répondra que n’avons pas besoin de leur compassion, mais d’actes clairs.

Ces “réserves” exprimées par ces députés de la République en Marche ne sont pas sans rappeler l’opposition de Jeremy Corbyn à l’adoption de la définition par l’Angleterre. Est-ce vraiment dans les pas du leader controversé du Labour, un parti où les incidents antisémites se multiplient, que les députés de la majorité veulent marcher ?

A ceux qui légitiment l’antisionisme en invoquant les actions du gouvernement israélien, il faut répondre que l’Etat d’Israël doit pouvoir être critiqué et attaqué pour ce qu’il fait, mais certainement pas pour ce qu’il est. La définition de l’antisémitisme de l’IHRA stipule spécifiquement que la critique d’Israël ne devrait jamais être considérée comme de l’antisémitisme. Elle permet au contraire à la société d’identifier ce nouveau visage de la haine antisémite ; celui qui vise les juifs d’Europe au quotidien. Celui notamment qui a mené à l’attaque de la synagogue de la Roquette en 2014 lors des manifestations pour Gaza, ou à l’attentat de Mohamed Merah qui, en tuant trois enfants et un père, disait “venger les enfants Palestiniens”.

Aux parlementaires français revenant sur leurs engagements auprès des Français juifs, je veux donc rappeler que actualiser la définition de la haine doctrinale des Juifs est tout sauf anecdotique. Douter de la nécessité de bien définir l’antisémitisme est une faute grave, une insulte aux français juifs tués, humiliés, frappés, au nom d’un antisionisme qui n’est qu’une nouvelle forme de l’antisémitisme, un stratagème pernicieux des antisémites pour répandre leur haine plus librement.

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