Publié le 8 Déc 2018

Prix de la République à une ONG proche du groupe terroriste FPLP : la CNCDH s’oppose à la définition IHRA de l’antisémitisme

La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), qui s’apprête à remettre le 10 décembre prochain le Prix des Droits de l’homme de la République française à deux  organisations anti-israéliennes, dont une proche du groupe terroriste palestinien FPLP, s’est opposée dans son dernier rapport à la définition IHRA de l’antisémitisme, alors que l’UE vient d’appeler ses Etats membres qui ne l’ont pas encore fait “à souscrire à la définition non contraignante de l’antisémitisme utilisée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA).

L’IHRA, dans ses directives pour la définition de l’antisémitisme, cite “le déni du droit du peuple juif à l’autodétermination, par exemple en affirmant que l’existence d’un État d’Israël est une entreprise raciste”. Il est également question “d’accuser les citoyens juifs d’être plus fidèles à Israël, ou aux prétendues priorités des juifs du monde entier, qu’aux intérêts de leurs propres nations”.

Dans son dernier rapport, la CNCDH affirme n’être “pas favorable à la transposition en France de cette définition, pour plusieurs raisons”.

“La première est qu’il n’est pas dans la tradition juridique française d’opérer pareille distinction entre les racismes, le droit français retenant actuellement une définition globale du racisme. Une telle singularisation de l’antisémitisme vis-à-vis des autres formes de racisme pourrait ouvrir la boîte de Pandore, encourageant d’autres groupes victimes de racisme à revendiquer à leur tour pareille reconnaissance (islamophobie, négrophobie, romaphobie, etc.). Elle risquerait surtout de fragiliser l’approche universelle et indivisible du combat antiraciste qui doit prévaloir, d’autant plus dans un contexte d’exacerbation des revendications identitaires”, se justifie la CNCDH.

“La deuxième raison relève davantage du texte de l’IHRA en lui-même. Ce dernier assortit une courte définition de l’antisémitisme, de plusieurs exemples censés l’illustrer pour orienter les travaux. Ainsi est-il affirmé que “les manifestations de l’antisémitisme peuvent inclure le ciblage d’Israël, conçu comme une collectivité juive”, tout en étant précisé qu’”une critique d’Israël similaire à celle menée contre n’importe quel autre pays ne peut être vue comme antisémite” ; vient ensuite une série de onze exemples contemporains d’antisémitisme, dont sept font directement référence à Israël. En multipliant les occurrences à l’État d’Israël, il tend à s’écarter de son objet premier et propose une vision discutable de l’antisémitisme contemporain qui ne concorde pas avec celui qui s’exprime aujourd’hui en France. En effet, l’enquête CNCDH-SIG-IPSOS 2017, comme les vagues précédentes, montre plutôt la persistance de vieux préjugés antisémites (liant les juifs à l’argent, au pouvoir, leur reprochant leur communautarisme), et nuance la thèse d’un “nouvel antisémitisme” sui generis (polarisé autour d’Israël et du sionisme) chassant l’ancien. Si elle confirme l’existence d’une “nouvelle judéophobie” qui s’articule autour d’une image négative d’Israël et de son rôle dans le conflit, celle-ci apparaît très minoritaire. S’il faut se montrer ferme et vigilant face aux dérives antisémites de certaines critiques à l’encontre d’Israël, il faut éviter toute instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme, et ne pas amalgamer à du racisme la critique légitime d’un État et de sa politique, droit fondamental en démocratie, mis en œuvre en Israël même par les opposants au gouvernement actuel”, poursuit le rapport.

Selon les textes officiels, “la Commission nationale consultative des droits de l’homme assure, auprès du Gouvernement, un rôle de conseil et de proposition dans le domaine des droits de l’homme, du droit international humanitaire et de l’action humanitaire. Elle assiste le Premier ministre et les ministres intéressés par ses avis sur toutes les questions de portée générale relevant de son champ de compétence tant sur le plan national qu’international. Elle peut, de sa propre initiative, appeler publiquement l’attention du Parlement et du Gouvernement sur les mesures qui lui paraissent de nature à favoriser la protection et la promotion des droits de l’homme. La commission exerce sa mission en toute indépendance”.

Éric Hazan – © Le Monde Juif .info | Photo : DR

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