Publié le 9 Nov 2018

Itw Le Monde Juif .info | Daniel Knoll : “Les liens qui unissent le peuple juif sont uniques au monde”

Daniel Knoll, l’un des fils de Mireille Knoll,  rescapée de la Shoah et assassinée à Paris en mars 2018, nous raconte qui était sa mère à l’occasion de la sortie de son livre, “C’était maman”.

Daniel Knoll est l’auteur, avec son frère Allan, de “C’était maman” (éditions Kero), un livre publié début octobre dédié à leur mère Mireille Knoll, l’octogénaire de confession juive tuée le 23 mars 2018 à Paris.

A l’occasion du 80ème anniversaire des commémorations de la Nuit de Cristal, Le Monde Juif .info a donné rendez-vous à Daniel Knoll au Mémorial de la Shoah de Paris pour une interview poignante.

Pourquoi ce livre ?

DANIEL KNOLL. J’étais réticent mais l’écrivaine Catherine Siguret m’a convaincu. Maman n’a pas eu une vie banale. Elle a réalisé des choses incroyables, et elle est décédée dans des conditions horribles. Il faut que les gens sachent que l’on peut encore mourir aujourd’hui parce qu’on est juif. Sans aucune autre justification. Je suis convaincu que c’est un crime antisémite. Ma mère était une femme pauvre, elle vivait dans un HLM, sans aucun objet de valeur à l’intérieur. L’un des deux meurtriers présumés était son voisin – ma mère le connaissait depuis l’âge de 7 ans – il ne pouvait l’ignorer. Elle vivait avec 800 € par mois (Aide pour le logement compris), n’avait jamais plus de 30 € sur elle. Rien ne justifiait un cambriolage. Ma mère a été tuée de onze coups de couteau aux cris d’Allah akbar.

Dans votre livre, vous prenez le parti de réduire l’assassin de votre mère qu’au Y de son prénom. Expliquez-nous cette démarche.

DANIEL KNOLL. Un homme, jeune, qui peut poignarder sa voisine qu’il connaît depuis l’âge de 7-8 huit ans, de 11 coups de couteau, de cette façon si effroyable, il ne mérite pas que son nom soit cité. Il ne mérite même pas d’exister. Pour moi c’est à la fois un monstre et un non-être. Je lui souhaite la punition la plus extrême.

Sans être trop proche de la communauté juive, vous êtes profondément attaché à Israël. Que ressentez-vous quand les médias français font des reportages exclusivement à charge contre l’Etat juif, comme par exemple le numéro d’Envoyé Spécial sur Gaza, une jeunesse estropiée ?

DANIEL KNOLL. Je pense qu’ils ont tout faux. Qu’ils ne comprennent rien à ce qui se passe au Moyen-Orient. Ils relayent depuis plus de 30 ans la propagande palestinienne, celle des pauvres palestiniens opprimés par les méchants israéliens. Moi je sais que les méchants israéliens ça n’existe pas. Mes enfants ont fait l’armée en Israël. Mes enfants sont humains.

Est-ce que, selon-vous, les médias français ont une part de responsabilité dans l’antisémitisme ?

DANIEL KNOLL. A force de crier au loup sur les Israéliens, oui c’est évident. Il y a dans notre population une masse de gens incultes qui sont prêts à gober n’importe quoi. Il n’y a pas de réflexion. Et malheureusement, tout le monde n’est pas Hassen Chalghoumi [ndlr, l’imam de Drancy]. Je tiens à souligner aussi, que Dieu merci, beaucoup de musulmans sont des gens biens.

Les Juifs ont-ils encore un avenir en France ?

DANIEL KNOLL. Ne pas se poser la question, ce serait de la bêtise. Les Juifs ne doivent pas attendre d’être chassés, on a donné de ce côté-là. Quand on voit ce qu’il s’est passé à Pittsburgh, on est, nous les Juifs, cette petite minorité qui n’emmerde personne, on se retrouve encore une fois, un peu partout dans le monde, haïs. Il faut se préparer à partir. Je sais pas quand mais nous n’avons plus le choix.

Quel est votre regard sur les partis politiques français et l’antisémitisme ?

DANIEL KNOLL. Dans tous les partis politiques français, il y a de l’antisémitisme mais cela ne doit pas être une raison pour ne pas leur parler. Il faut parler à La France Insoumise de Mélenchon. Il faut les amener en Israël pour qu’ils constatent par eux-mêmes qu’Israël n’est pas un Etat d’apartheid. Au Front national, il y a des antisémites mais il y a aussi des gens, comme Gilbert Collard, qui sont de véritables amis des Juifs et d’Israël. Les choses peuvent bouger.

Est-ce que vous pensez que le CRIF fait fausse route dans sa politique du ni Mélenchon, ni Marine Le Pen ?

DANIEL KNOLL. C’est politique tout ça. Le CRIF est en excellente relation avec certains partis, et pour ne pas les froisser, il est facile de stigmatiser un ou deux partis. On doit parler avec tout le monde, sans exception.

Quelle a été la place du judaïsme dans la vie de votre mère, dans les valeurs qu’elle vous a transmises ?

DANIEL KNOLL. On n’a pas du tout été élevés dans la religion, et chose amusante, mes parents m’ont toujours envoyé en colonie juive où j’ai appris quelques prières. Mais on n’était pas vraiment israélites. À seize ans et demi, ils m’ont envoyé en Israël avec l’Agence juive, où j’ai pris encore plus conscience de mon appartenance au peuple juif. Je pense qu’il y a un peuple juif avec ses différentes composantes, qu’elles soient religieuses ou traditionalistes. Les liens qui unissent le peuple juif sont uniques au monde. Ces liens existent aussi dans les autres religions mais chez nous, c’est plus sensible.

Propos recueillis par Yohann Taïeb – © Le Monde Juif .info | Photos : Le Monde Juif .info

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