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Publié le 31 Déc 2017

La Suède, pays dangereux pour les Juifs, peut devenir un danger pour l’Europe | Par Shimon Samuels (Centre Simon Wiesenthal)

C’est la saison des fêtes à Stockholm. Mais tout ne va pas bien…

Watching The Moon At Night est une puissante sonnette d’alarme.

La semaine dernière paraissait dans le New York Times un éditorial d’une éminente journaliste suédoise, Pauline Neuding. Elle y exposait “Une vérité gênante pour la Suède”, révélant “des harcèlements en série” et des menaces qui pèsent sur les dix-huit mille citoyens juifs du pays. C’est dans ce contexte qu’elle mentionnait un communiqué du Centre Wiesenthal “invitant les voyageurs qui se rendraient, en 2010, au sud de la Suède, à faire preuve de la plus grande prudence”.

Mme Neuding mettait en évidence un revirement survenu dans l’origine des incidents antisémites : les extrémistes de droite y totalisent un énorme 51 % “attribué aux extrémistes musulmans”, les extrémistes de gauche 25 %, et l’extrême droite seulement 5 %.

Dans ce contexte d’escalade de la violence contre des cibles juives, Margot Wallstrom, ministre suédoise des Affaires étrangères, semblerait accuser Israël de la radicalisation qui touche les musulmans d’Europe. Pourtant, l’attentat au camion-bélier survenu en avril dernier au centre de Stockholm, qui a fait cinq morts, n’avait aucun rapport avec les Juifs. C’était plutôt un signe désormais courant dans toute l’Europe de l’Ouest.

Le regretté Simon Wiesenthal ne manquait pas de prévenir que “ce qui commence par les Juifs ne s’arrête jamais aux Juifs”. C’est ainsi que la distinction entre antisémitisme et terrorisme allait disparaître. Cette leçon a été mise au jour pour la première fois après que soixante-treize attentats à la mitraillette et à la bombe ont frappé l’Europe de l’Ouest – depuis la synagogue Copernic à Paris en octobre 1980 jusqu’au massacre de la rue des Rosiers, dans le quartier juif de Paris, en août 1982.

Pourquoi et comment cela a-t-il cessé ? Cet été-là, après une incursion israélienne dans le sud du Liban, des citoyens européens entraînés dans des camps terroristes palestiniens sont vite rentrés chez eux. De retour en France, en Allemagne et en Italie, ils avaient besoin d’argent. Ils ont attaqué des banques, des ambassades, et ils ont oublié les Juifs. C’est alors que les gouvernements ont commencé à sévir.

C’était à mille lieues du commentaire de Raymond Barre, alors Premier ministre de la France, sur Copernic : “Cet attentat odieux qui voulait frapper les Israélites et qui a frappé des Français innocents.”

Quatre personnes avaient effectivement péri ce soir-là : un facteur portugais, un garçon de restaurant chinois, une Israélienne de passage à Paris pour le week-end et un “Français innocent”.

Ce jour-là, j’avais accompagné Aliza, l’épouse de feu Micha Shagrir, un cinéaste israélien, jusqu’au coin de la rue Copernic, où elle allait acheter des fruits dans une échoppe située en face de la synagogue. Quelques instants plus tard, elle y rencontrait sa mort.

Un autre cinéaste, Bo Persson, un Suédois, a réalisé un film très spécial qui, d’une part, expose sa compassion pour les victimes et leurs familles, compassion partagée dans une communion mondiale, et, d’autre part, une vision internationale du terrorisme islamiste.

Son film Watching The Moon At Night a reçu le soutien de l’Institut suédois du film, et SVT (la télévision publique suédoise) l’a coproduit. Une fois le film achevé, SVT en a refusé la projection publique, sans fournir de motif convaincant.

Depuis Watching The Moon At Night a été projeté dans des festivals de cinéma de plus d’une douzaine de pays, et une pétition pour qu’il soit diffusé sur SVT, pétition signée par plus de mille cinq cents célébrités – parmi lesquelles des membres du Comité du prix Nobel –, a été adressée au président de SVT.

Le refus de la télévision suédoise, tout comme celui de la chaîne franco-allemande Arte de présenter un autre film dans des circonstances semblables, est peut-être emblématique du protocole politiquement correct d’un odieux renversement des rôles. Une idéologie qui identifie le “natif palestinien” à une nouvelle victime “juive” du “nazi colonialiste israélien”.

Un mécanisme d’allégement pour les deux plus grands crimes des pays européens, qu’ils en aient été auteurs, collaborateurs ou témoins : le colonialisme et la Shoah. Ce malaise, Persson le désigne comme “une guerre cognitive en Suède”.

Paradoxalement, Israël et les Israéliens victimes du terrorisme qui sont interviewés dans Watching The Moon At Night y jouent un petit rôle, mais essentiel. Or, il semble que le gouvernement suédois soit outrageusement obsédé par la fabrique de désinformation de ce qu’il appelle “les crimes d’Israël”.

Le courant de sympathie qui semble en découler pour les partisans du terrorisme djihadiste ressemble à une approbation passive des cris de “Intifada – tuez les Juifs”, cris qui en réalité s’adressent aux Juifs de Stockholm, de Gothenburg et de Malmö.

Le Centre Wiesenthal a conçu un projet de convention qui défend que le terrorisme est une chaîne de complicités impliquant tous ceux qui recrutent et endoctrinent, ceux qui forment et arment, ceux qui financent, abritent et glorifient les terroristes. Cette résolution sur la “chaîne de la honte” a été adoptée par le Parlement australien et le Parlatino (le Parlement latino-américain). Il est peu probable qu’elle soit adoptée en Europe de l’Ouest où tant de gens qui, en applaudissant cette chaîne, en deviennent des maillons actifs.

De par sa culture BDS, la télévision publique suédoise pourrait bien signaler que le Centre Wiesenthal se trompe en limitant ses restrictions de voyages à Malmö. La Suède, aujourd’hui sans doute l’un des pays les plus dangereux pour les Juifs, semble être sur le point de devenir le pays d’Europe le plus dangereux.

“Watching The Moon At Night” est une puissante sonnette d’alarme.

Editorial de Shimon Samuels (centre Simon Wiesenthal) paru en anglais dans The Jerusalem Post.

http://www.jpost.com/Opinion/Sweden-a-dangerous-country-for-Jews-can-become-a-danger-for-Europe-518526

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