Publié le 26 Déc 2017

BHL attaque Trump sur Jérusalem : « Protecteur et saint patron d’Israël ? Pardon, mais je n’y crois guère »

L’intellectuel français Bernard-Henri Lévy a fustigé mardi la décision historique du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël.

« Jérusalem est, évidemment, et depuis toujours, la capitale d’Israël.
Et il y a quelque chose, non seulement d’absurde, mais de choquant dans le tollé planétaire qui a suivi la reconnaissance, par les Etats-Unis, de cette évidence.
D’où vient, alors, mon malaise ? Et, deux semaines après cette annonce que j’attendais, moi aussi, depuis des années, pourquoi cette inquiétude qui m’étreint ? », s’interroge le philosophe dans une tribune intitulée « Trump, Jérusalem et les juifs ».

« D’abord Trump. Je sens trop le côté gros malin, acculé par des défaites diverses et consécutives, qui a trouvé là son coup fumant de fin de première année de mandat. Ami des juifs, dit-il ? Protecteur et saint patron d’Israël ? Pardon, mais je n’y crois guère. Je ne pense absolument pas que Donald Trump soit mû par le sentiment d’une union sacrée de l’Amérique et d’Israël ou, comme on disait déjà du temps des Pères pèlerins des Etats-Unis, de la nouvelle et de l’ancienne Jérusalem. Je n’imagine pas l’âme de Trump disponible, de quelque façon que ce soit, à la reconnaissance de la singularité juive, à la célébration des paradoxes de la pensée talmudique ou au goût de l’aventure qui animait la geste ardente, lyrique et héroïque des pionniers laïques du sionisme. Et je ne pense pas davantage que les fameux néo-évangélistes qui forment, paraît-il, ses bataillons d’électeurs les plus solides aient la moindre idée de ce qu’est, en vérité, cet Etat nommé par des poètes, bâti par des rêveurs et poursuivi jusqu’à aujourd’hui, dans le même souffle ou presque, par un peuple dont le roman national est semé de miracles rationnels, d’espérances sous les étoiles et de ferveurs logiques. Eh bien ? Eh bien l’Histoire nous apprend qu’un geste d’amitié abstrait, insincère, délié de l’Idée et de la Vérité, amputé de cette connaissance et de cet amour profonds qu’on appelle, en hébreu, l’Ahavat Israël, ne vaut, finalement, pas grand-chose – ou, pire, elle nous enseigne comment, en vertu d’une mauvaise chimie des fièvres politiques dont le peuple juif n’a eu que trop souvent à endurer l’épreuve et les foudres, il y a tous les risques que ce geste, un jour, se retourne en son contraire », poursuit-il.

« Je ne crois pas qu’un coup de dés ou de poker politique, je ne crois pas qu’une reconnaissance diplomatique mal pensée, non négociée et détachée de tout effort de paix globale et juste soient de nature à renforcer ce qui demeure, à mes yeux, l’essentiel : la légitimité d’Israël, au côté du futur Etat palestinien, sur une terre à laquelle la mémoire de son peuple, son désir et ses prières l’avaient depuis des siècles destiné mais où il demeure, aujourd’hui encore, si terriblement vulnérable… Il eût été tellement mieux d’inscrire cette carte maîtresse – en anglais ce trump – qu’était la décision de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël au cœur d’une vraie paix qui seule garantirait leur imprescriptible droit à l’existence et à la sécurité ! Mais le 45e président des Etats-Unis n’en avait cure : il faisait un coup politique – il ne songeait visiblement pas à faire l’Histoire », conclut-il.

Éric Hazan – © Le Monde Juif .info | Photo : DR

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