Publié le 2 Nov 2017

Coup de gueule de Joann Sfar : « Chaque attaque antisémite suscite des vocations »

L’auteur de bande dessinée, réalisateur et romancier, Joann Sfar, qui sortira le 17 novembre « La Tour de Bab-El-Oued », septième tome de sa série « Le Chat du rabbin », a dénoncé jeudi la situation de l’antisémitisme en France.

« Je ne sais pas si on se le raconte aussi clairement mais les tueries de Merah ont marqué un tournant dont la façon dont la communauté juive parle des agressions. Avant ce drame, chacun avait à cœur de faire connaître les agressions lorsqu’elles avaient lieu. Depuis, c’est l’inverse. Pour une raison simple : On a découvert que chaque attaque suscitait des vocations. Je voudrais qu’on rappelle les messages anonymes infects qu’a reçue l’école Ozar Hatorah après les massacres. Je me souviens que le carré juif du cimetière de Nice, celui où repose ma mère, a été profané quelques jours après. On se souvient, tous, enfin, que ces tueries ont été le point de départ d’une recrudescence de ces violences antijuives. Donc oui, de plus en plus, lorsqu’ils rentrent chez eux le pardessus recouvert de crachats, les juifs religieux ferment leurs gueules. Et les juifs qui n’ont pas l’air juifs ne savent plus comment se planquer. On leur a dit que les écoles publiques n’étaient plus pour eux. On ne compte plus ces réunions honteuses durant lesquelles des chefs d’établissements annoncent officieusement aux familles qu’il vaudrait mieux scolariser les enfants ailleurs. Puis il y a eu Merah et les écoles privées sont devenues elles aussi un lieu de danger. Depuis deux ans ce sont les agressions aux domiciles, qui se multiplient. Pourquoi mes mots ? Pour insister sur le fait que contrairement à ce que croient trop de gens, les juifs ne passent pas leur temps à dénoncer, ou à pleurnicher. Au contraire. Sur ces affaires, la plupart des victimes ferment leurs gueules, se font le plus petites possibles, en espérant que l’orage passe, pour ne pas donner des idées à d’autres salopards. Il ne va pas passer, l’orage. Tout le monde a très bien compris. Qu’est-ce qu’on doit faire ? Chaque réponse qui me vient me donne envie de me cogner la tête contre un mur. Je n’ose plus dire aux victimes que je croise que « la solution est l’éducation ». Si je dis ça je prends une baffe. Ce n’est pas aux victimes de faire quelque chose ou de trouver des solutions », a-t-il déclaré sur Facebook.

Début octobre déjà, le dessinateur avait exprimé des réserves sur le nouveau plan de lutte contre l’antisémitisme du gouvernement français.

Éric Hazan – © Le Monde Juif .info | Photo : DR

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