Publié le 21 Sep 2017

VIDEO | Le coup de gueule du philosophe Raphaël Enthoven sur l’affaire Sarah Halimi : « Faut-il être fou soi-même pour croire que l’antisémitisme serait soluble dans le délire ? »

Le philosophe Raphaël Enthoven a dénoncé jeudi l’hypocrisie des autorités françaises dans l’enquête sur l’assassinat de Sarah Halimi.

« Le président du CRIF à tort. Que ce réquisitoire supplétif satisfasse un peu la famille de Sarah Halimi, cela va de soi. Mais cela n’est pas une satisfaction pour la communauté juive comme il dit. Cela va plus loin que ça », a-t-il affirmé sur Europe 1 dans « Le fin mot de l’info ».

« L’enjeu de cette reconnaissance n’est pas le judaïsme mais l’antisémitisme, et la peur de l’appeler par son nom dans une société qui était tétanisée, ce qui n’est pas la même chose. L’antisémitisme n’est pas seulement le problème des Juifs mais le problème de tous », a insisté le philosophe.

« Kobili Traoré, puisque c’est le nom de l’assassin, n’ignorait rien de la religion de sa voisine. Les sœurs de Kobili n’hésitaient pas à cracher par terre au crie de sale juive quand elles voyaient la sœur de Sarah Halimi. Et puis une nuit, le type a torturé, séquestré et assassiné Sarah Halimi tout en clamant des sourates, l’a traitant de démon en arabe, tout en lui cassant littéralement le visage. Que fallait-il de plus ? », a-t-il expliqué.

« Kobili Traoré a beau crié qu’il n’a jamais eu de problèmes avec les Juifs, jusqu’au jour où il en a tué une. On appelle ça un passage à l’acte. C’est comme si un néonazi entrait dans une boucherie hallal et abattait le vendeur après avoir récité des psaumes et qu’on disait qu’il est entré là par hasard ou qu’il n’a pas dit mort aux Arabes en massacrant sa victime, ou alors qu’il est fou. Kobili Traoré est pénalement responsable donc il ira aux assises. Mais qu’il soit un peu fou ou complétement fou, là encore, la folie de l’assassin est parfaitement compatible avec l’antisémitisme de son geste. Faut-il être fou soi-même pour croire que l’antisémitisme, ou n’importe quel racisme, serait soluble dans le délire ? C’est tout le contraire. En quoi l’abolition du discernement a-t-elle pu constituer, une fraction de seconde, un argument en la défaveur de l’antisémitisme ? En quoi la folie ou la consommation de drogue serait-elle un rempart contre le désir objectif, conscient, et délibéré de tuer des Juifs ? Pourquoi faudrait-il que cet homme fut l’un ou l’autre ? Depuis quand est-il impossible d’être fou et antisémite ? Il parait qu’en voyant Sarah Halimi, son assassin s’est saisi d’une bouffée délirante et aurait vu le Diable en personne. Alors, un, c’est fou, deux, ce n’est pas un hasard », a-t-il conclut.

L’ancienne directrice de crèche confessionnelle, juive orthodoxe, a été tuée au début d’avril par son voisin aux cris d’ »Allah Akbar ! », suscitant une vive émotion.

Le parquet de Paris a demandé mercredi à la juge chargée de l’enquête sur le meurtre de Sarah Halimi que le caractère antisémite soit retenu dans cette affaire. Il a fait cette demande au vu de « l’expertise psychiatrique » rendue au début de septembre sur son meurtrier Kobili Traoré et « des premiers éléments de la commission rogatoire remis par les enquêteurs », la semaine dernière.

Raphaël Enthoven, La Morale de l’info, Europe 1 – Retranscription Éric Hazan pour Le Monde Juif .info | Photo : DR

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