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Publié le 24 Sep 2017

La fille de René Goscinny : “On lit aussi que les couleurs des braies d’Obélix, bleu et blanc, sont celles d’Israël !”

Anne Goscinny, la fille de René Goscinny, célèbre co-auteur d’Astérix, a affirmé dimanche que son père a profondément été marqué par l’extermination d’une partie de sa famille dans les camps nazis.

“Soyons clair, je n’ai pas de texte où il affirmerait que les pogroms subis par sa mère ou la disparition d’une partie de sa famille dans les camps nazis ont été des traumatismes et ont influencé son travail. Mais j’avais 9 ans quand il est mort, et, de ce que j’ai pu retenir de lui, de son extrême sensibilité, je me suis forgé la certitude que ces douleurs l’avaient profondément marqué. Vous savez, sa mère, Anna, évoquait régulièrement son shtetl natal d’Ukraine, où sa maison avait été brûlée en premier parce que son père était rabbin. Et j’ai retrouvé des lettres qu’elle recevait de sa famille restée en France sous l’Occupation [Goscinny et ses parents avaient quitté la France pour l’Argentine en 1928, NDLR]. Elles racontent les brimades quotidiennes, l’étoile jaune cousue…”, a-t-elle confié dans un long entretien accordé à L’Obs où elle a annoncé avoir proposé au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (MahJ) une exposition sur son père.

“Je sais que tout cela a été un drame pour mon père. Par ailleurs, je n’oublie pas que lorsqu’il a commencé à faire la cour à ma mère, Gilberte – qui n’était pas juive -, il s’est senti obligé de préciser: “Il faut que je vous dise quelque chose: je suis juif. Est-ce que cela vous pose un problème?” C’est dans cet état d’esprit qu’il se trouvait”, a-t-elle insisté.

Face aux antisémites, René Goscinny ne manquait pas de leur répondre avec humour. “Un de ses amis lui a dit un jour : “Moi, tu vois, René, les juifs, je les sens.” Mon père lui a répondu: “Eh bien, tu as le nez bouché !”, a-t-elle rappelé.

Interrogée sur le judaïsme de son père, Anne Goscinny a évoqué un souvenir d’un voyage de son père en Israël. “En août 1977, mes parents et moi avons fait un voyage en Israël. A Jérusalem, mon père est allé se recueillir devant le Mur des lamentations. Ma mère était atteinte d’un cancer et, pour la première fois de ma vie, j’ai vu mon père porter la kippa et écrire un petit mot qu’il a glissé dans le Mur. Ce geste m’a semblé bien mystérieux. Il m’a simplement répondu: “J’ai demandé que maman et toi soyez toujours en bonne santé.” Il est mort d’un infarctus deux mois plus tard. Depuis, tous les jours en pensée, j’ajoute son nom sur ce papier”, a-t-elle confié.

La fille du scénariste de bande dessinée a estimé qu’il n’est pas totalement incongru de faire un parallèle historique entre la résistance du village gaulois d’Astérix à celle des juifs contre les Romains. “On lit aussi que les couleurs des braies d’Obélix, bleu et blanc, sont celles d’Israël! Restons prudent avec les excès d’interprétations. Bien sûr qu’il est intéressant de lire “Astérix” avec ce filtre-là, et pas totalement incongru de rapprocher la situation d’un village qui résiste à une armée puissante et hostile menée par Jules César à celle des juifs au siècle précédent. Mais il ne serait pas juste de cantonner “Astérix” à cela, ne serait-ce que parce qu’Albert Uderzo, son cocréateur, n’est pas juif. Une part de moi reste quand même persuadée que mon père, en imaginant ce village où chacun est indispensable et parfois insupportable à l’autre, a inconsciemment réécrit l’histoire de ses origines”, a-t-elle conclut.

Éric Hazan – © Le Monde Juif .info | Photo : DR

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