Publié le 30 Oct 2015

Vayera : fermer les yeux pour voir

CELINE2

Tout au long de la paracha Vayera, le thème du regard apparait sous plusieurs formes. Par exemple, dès les premiers mots, lorsque D.ieu se fait voir à Avraham. Plus loin, nous lisons l’épisode où la femme de Loth est transformée en statue de sel à la vue du spectacle de destruction de Sodome. A la fin de notre texte, nous retrouvons Avraham cherchant un bélier à sacrifier à la place de son fils Itshak.

Un des enseignements que nous pouvons tirer de Vayera est qu’il ne faut pas considérer l’œil comme un simple organe de perception. La Torah nous incite à juger favorablement notre prochain, c’est-à-dire à porter un regard positif sur ses actes, à lui accorder le bénéfice du doute lorsque son comportement nous interpelle. Nous sommes ainsi invités à méditer sur la dimension créatrice du regard. Lorsque Loth et sa famille fuient Sodome, il leur est demandé de ne pas se retourner en chemin. Mais sa femme désobéit à cette recommandation des deux anges, avec les conséquences que l’on connait. Posons-nous les questions suivantes : la femme de Loth a-t-elle été transformée en statue de sel à cause de ce qu’elle a observé ou bien est-ce le résultat de son état intérieur ? Lorsque nous ouvrons les yeux sur notre environnement, n’est-ce pas une partie de nous-mêmes que nous observons, sans trop nous en rendre compte ?

Le libre-arbitre de l’homme se joue aussi sur ce qu’il décide de regarder ou de montrer. En prenant conscience de cette interaction entre intérieur et extérieur, entre visible et invisible, nous passons d’un stade passif à un stade actif du regard : voir est un acte. Plutôt que d’envisager l’être humain comme une machine qui use de ses cinq sens selon ses besoins, nous découvrons ici que toutes ses facultés interagissent, que la dimension “invisible” de l’être (nos affects et sentiments) peut être régie par…la vue. Ce phénomène se retrouvera lorsque les Bnei Israel “verront” des voix au pied du Mont Sinai.

A l’heure de la société du tout visible, cette liberté de voir ou non est un enjeu de chaque instant. Les réseaux sociaux, la télé-réalité, la vidéosurveillance ou encore les drones ont tendance à dessiner un monde où ce qui est tenu pour réel est uniquement ce qui se voit. Ce débordement d’images sur notre sphère privée est pour certains un fait acquis. L’exposition du regard à la violence, à la mort, à l’obscène, apparait comme irréversible. Le chema israel (écoute Israël !), que nous répétons chaque jour en fermant les yeux, n’est-il pas là pour entretenir cette intériorité mise à mal par l’image ?

Voilà l’un des messages de cette paracha : retrouver une dimension cachée de l’être, réserver un hors-champ pour cet essentiel qui échappe à l’observable et lui donner vie. L’amour n’est-il pas la plus merveilleuse manifestation de ces yeux de l’âme, au-delà du regard ? La Torah nous invite à croire à ce qu’on ne voit pas et à ne pas croire à tout ce qu’on voit. Le livre le plus lu au monde après la Bible est Le Petit Prince, chef d’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry. Est-ce un hasard quand on sait que son message principal est “On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux” ?

Par E.S – © Le Monde Juif .info | Photo : Celine Guiberteau

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