Publié le 23 Oct 2015

Lekh Lekha ou l’art de l’anticoaching

PARACHA PHOTO

La troisième paracha de la Torah débute avec un événement majeur de l’histoire du peuple juif : D.ieu demande à Avraham de quitter la maison de son père pour gagner la terre de Canaan. L’expression Lekh Lekha est traduite par « va vers toi » ou « va pour toi ». Elle suppose un mouvement qui va aussi bien vers l’intérieur que vers l’extérieur comme pour indiquer que les deux sont liés. En effet, on ne peut aller à la découverte de soi sans se détacher de certains repères ou croyances. Ces derniers sont autant de voiles qui recouvrent la singularité de notre être et de notre désir. Un proverbe hassidique ne dit-il pas : « ne m’indique pas mon chemin car j’aurai peur de ne pas me perdre » ?

Cet enseignement de la paracha est particulièrement pertinent à une époque où se multiplient les méthodes de coaching et de développement personnel. Ces approches traduisent un besoin toujours croissant de mieux se connaitre. Pourtant, ces guides semblent souvent laisser leurs lecteurs sur leur faim et ne paraissent pas offrir de solution durable. Comment expliquer ce paradoxe à la lumière du message de Lekh Lekha ?

Ces ouvrages offrent pour la plupart un modèle « prêt à l’emploi » au lieu de tenir compte de la spécificité de chacun, enfermant ainsi les individus dans des catégories. N’en déplaise à certains, les hommes et les femmes viennent de sept milliards de planètes différentes…

Le message sous-jacent envoyé par la société de coaching n’est pas donc « va vers toi » mais plutôt « identifie-toi à ces nouveaux modèles ». Or, pour nous reconnecter à notre propre essence, nous devons précisément nous défaire de ces identifications. Au lieu de décharger l’individu de ce poids, cette forme d’assistance généralisée sature notre mental, entretient la confusion et maintient un sentiment de dépendance.

La paracha Lekh Lekha nous montre que la quête de soi débute par une perte momentanée de repères géographiques et affectifs. C’est ainsi que, dès le premier verset, l’Eternel demande à Avraham de quitter son pays, sa terre natale et ses parents. La route que D.ieu lui prépare n’est pas complètement balisée à l’avance (« va (…) vers la terre que Je te montrerai »). Comme pour indiquer que cette place offerte à l’Inconnu, à l’Autre, est aussi une place pour soi.

Loin des modèles imposés, cette place constitue un espace de liberté, intime, propre à chacun, dont nous seuls pouvons et devons chercher la clé avec l’aide de D.ieu.

Par E.S – Le Monde Juif .info | Photo : DR

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