Publié le 6 Oct 2015

Guerre de Kippour : « La Conceptia »

YOM KIPPUR 01

Cette conceptia aveugle et erronée de la défense d’Israël après la victoire fulgurante de Tsahal de 1967, mena l’establishment militaire à refuser de prendre en compte des informations des services de renseignements comme étant des preuves tangibles de la préparation des armées arabes à la revanche. Une assurance hautaine qui couta très cher au pays.

La Guerre des six jours avait révélé au monde une armée d’Israël de gloire. Peu de victoires ont gardé un caractère aussi foudroyant et inattendu que celle de 1967. La conception militaire israélienne de l’époque était alors basée sur trois éléments essentiels :

1)    la « Kehilat Amodiin » les divers organismes de renseignements chargés de suivre l’évolution des armées ennemies.

2) les Troupes mobilisées dans le cadre de service militaire obligatoire, responsable d’amortir le premier choc en cas de confrontation.

3) les Forces réservistes pour la contre-attaque.

La paix contre les Territoires dès le 12 juin 1967 ; soit après la prise d’importants territoires ennemis, les militaires eurent un sérieux atout, une « profondeur stratégique territoriale » qui leur faisait tant défaut hier encore.

Cependant, la guerre des Six Jours n’engendra aucune ouverture diplomatique. Un certain raisonnement « à l’occidental », laissait planer l’espoir que les territoires nouvellement administrés serviraient de monnaie d’échange à un traité de paix en bonne et due forme. Nasser, le président égyptien refusant toute idée de trêve, engagea son pays et Israël par la même occasion, dans une guerre plus terrible que la précédente ; la guerre d’usure.

« La drôle de guerre »

Du 15 juin 1967 au 08 Août 1970.

Un affrontement particulier, une drôle de guerre allait entraîner la mort de 1424 soldats israéliens. Cette épreuve d’usure viendra aussi exercer un effet corrosif sur les services chargés du renseignement militaire. Cette fatigue nerveuse, accumulée, entrera dans les composantes permettant de comprendre la difficulté d’interprétation des différentes sources de renseignements à la veille de l’ouverture des hostilités.

Cette guerre de position n’était pas du goût de Tsahal qui n’avait cependant pas le choix. Une première conséquence de cette nouvelle situation sera la création d’une ligne de démarcation le long du canal de suez, conçue par le Général Haim Bar Lev et qui portera son nom.

La doctrine avant tout !

Cette nouvelle manière de considérer la situation défensive du pays devenait imperceptiblement mais sûrement vérité axiomatique, au point que certaines informations étaient délibérément écartées dans la mesure où elles contredisaient les sacro saintes hypothèse de travail admises par les pontes du renseignement. Ces mêmes hypothèses que la presse israélienne allait bientôt designer par le terme général de « conceptia ».

Un exemple : le 02 Oct 1973, un lieutenant de renseignement militaire présente un compte rendu détaillé selon lequel les grandes manœuvres entreprises par les Egyptiens masqueraient en fait une préparation à la guerre. Bentamin Siman Tov, le supérieur hiérarchique du lieutenant, , ne jugea pas opportun de faire parvenir ce document au dessus de lui. Il faudra attendre la commission Agranath pour que Zeira, le chef des renseignements militaires, en prenne connaissance.

La victoire de Tsahal de 1967, on s’en souvient, était largement due à la force des chars et à la supériorité de la force aérienne israélienne. Le réarmement arabe avait largement pris en considération ces éléments, les renseignements militaires israéliens, non !  L’efficacité des missiles anti-char « sagger » et les missiles sol-air de type Sam allaient prouver qu’il s’agissait là d’une grave erreur.

Les derniers développements de la situation allaient, eux aussi, contribuer à entretenir cet état de confiance exagérée.

Quelques jours avant la guerre, deux opérations de Tsahal particulièrement audacieuses : la première à Beyrouth, contre des terroristes palestiniens, la seconde, dans l’espace aérien syrien (13 avions abattus) confirmaient, aux yeux des dirigeants, l’idée qu’une option militaire arabe était pratiquement impensable. Le départ précipité des conseillers soviétiques constituait la meilleure preuve que la probabilité d’une initiative militaire arabe était des plus faibles. L’expression « Svirout nemoukha » (faible probabilité) allait faire fortune.

Elle sera reprise par la presse et deviendra rapidement le symbole de l’estimation erronée des renseignements.

Des politiciens totalement obtus

Les politiciens, eux non plus, n’étaient pas à l’abri des flèches acérées de la critique de la presse.

Ces derniers, prisonniers de leur manière de voir les choses, refusèrent jusqu’au dernier moment de considérer sérieusement l’éventualité d’une ouverture des hostilités. Qu’il nous soit permis de rappeler que l’un des indicateurs arabes n’était autre que le Roi Hussein de Jordanie !

Ce dernier avait demandé à rencontrer, en Israël, le Premier ministre, Golda Merir au lendemain de ses entretiens avec les présidents égyptien et syrien. Elle refusa et rien n’y fit.

Ce fut là, le dernier triomphe de « la conceptia » avant la catastrophe …

Eliaou Attlan – © Le Monde Juif .info 

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