Publié le 8 Oct 2015

CRIF : « Voir la France renouer avec l’Iran, un pays ennemi des Juifs, est inquiétant »

LESERMENT

Vague de terreur en Israël, désinformation des médias français, parti pris pro-palestinien de la Mairie de Paris, Iran, antisémitisme, l’actualité de ces derniers jours est particulièrement inquiétante pour les Juifs de France. Le Monde Juif .info fait le point de la situation avec le président du CRIF, Roger Cukierman.

Que pensez-vous de la condamnation très ambiguë par la France de la vague de terreur en Israël ?

Je ne suis pas surpris. Les autorités françaises et les médias français vivent dans un déni de réalité. On vit dans un climat désagréable, non seulement pour Israël mais pour les Juifs aussi, puisqu’il y a une identification des Juifs à Israël.

Les médias français ont-ils une part de responsabilité dans l’explosion de l’antisémitisme en France ?

L’ensemble du pays est inégalement antisémite. L’antisémitisme masqué derrière l’antisionisme est particulièrement violent dans certaines professions, la presse effectivement, mais aussi chez les enseignants et les juges. Des professions proches de l’extrême gauche. Une extrême gauche très active dans la presse. Les journalistes sont des gens de gauche ou d’extrême gauche, en tout cas, ils voient en Israël le démon fasciste.

Le conflit israélo-palestinien est avant tout une guerre des mots. Les mots sont importants. Pourquoi alors le CRIF reprend-il souvent, pour sa revue de presse, des articles avec des termes de la sémantique pro-palestinienne, tels que Cisjordanie ou esplanade des mosquées ?

Cisjordanie est un terme pro-palestinien ? La Judée et la Samarie sont des termes utilisés uniquement en Israël. Dans le monde entier, on parle de Cisjordanie. Personne dans la diaspora n’utilise ses termes là. Chacun utilise le langage qu’il a envie d’utiliser.

Que pensez-vous des honneurs accordés par la Maire de Paris, Anne Hidalgo, à Mahmoud Abbas, auteur récemment de propos antijuif ?

J’ai critiqué la Mairie de Paris sur plusieurs sujets. J’ai réagi à la justification de la Maire de Paris, distinguant Tel Aviv comme ville progressiste du reste d’Israël, suite à l’opération Tel-Aviv sur Seine. Je l’ai critiquée aussi pour avoir invité avec tous les honneurs Mahmoud Abbas. Je l’ai surtout critiquée parce qu’elle a utilisé le terme de président de la Palestine, et comme vous le disiez les mots sont importants, et Mahmoud Abbas n’est pas le président de la Palestine, la Palestine n’existe pas, il est le président de l’Autorité palestinienne. Je l’ai aussi critiquée sur l’affaire des agendas scolaires où Israël est remplacé par Palestine. Je l’ai critiquée pour ne pas avoir voté en faveur de la résolution de Claude Goasguen contre le boycott d’Israël. Il y a eu plusieurs erreurs commises par la Maire de Paris. D’ailleurs, je m’en suis expliqué à plusieurs reprises avec Patrick Klugman.

A propos, que pensez-vous de la position de Patrick Klugman qui est, entre autre, membre du CRIF ?

Il m’a dit qu’il est dans une position très inconfortable car il sert de tampon entre la Mairie de Paris, la Gauche de la coalition municipale et la communauté juive. Sa position n’est pas facile, donc je ne l’exclurai pas du CRIF. Je réponds d’avance à votre question.

À l’occasion de la visite en France, au mois de novembre, du président iranien Hassan Rohani, le CRIF a-t-il l’intention d’interpeller le gouvernement sur la responsabilité de l’Iran dans l’attentat en 1994 contre le centre culturel juif de Buenos Aires, un sujet toujours d’actualité en Argentine ?

Nous le faisons de manière constante. J’ai rencontré à plusieurs reprises le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, pour lui dire à quel point l’Iran est un pays dangereux. Nous sommes inquiets de voir la France renouer des liens avec l’Iran, un ennemi d’Israël et des Juifs.

Plusieurs communautés juives européennes se sont alarmées d’un risque d’antisémitisme parmi les migrants. Ici en France, à ce jour, seul Arno Klarsfeld s’est alarmé également d’un tel risque. Quelle est la position du CRIF ?

C’est une situation très inquiétante. Il est très probable que, parmi les migrants, il y ait un certain nombre dont les idées ne nous conviennent pas. Toutefois, il est difficile humainement de ne pas se rappeler le sort des réfugiés juifs pendant la Seconde guerre mondiale. Nous devons accueillir les migrants, le plus humainement possible, mais on reste conscients que cela risque d’aggraver le phénomène du fanatisme islamiste.

Propos recueillis par Yohann Taïeb – © Le Monde Juif .info | Photo : DR

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