Publié le 27 Sep 2015

Soukkot : « Dis-moi où tu vis, je te dirai qui tu es ! » | Par Maryline Medioni

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L’urbanisme de tous temps révèle la conception ou le projet idéalisé d’une vie sociale optimisée humaine. Elle sert le politique, le religieux, elle quantifie l’économie d’un peuple, elle devient le moyen d’asservir ou de libérer l’homme dans son quotidien, de l’aliéner ou de l’élever.

La cité est une entité politique

La géométrisation de l’espace n’est pas innocente, en imposant au monde la rationalité humaine, elle organise en système un urbanisme qui conditionne le mode de vie mais aussi, leur mode de pensée.

L’urbanisme suit les directives de l’intelligence humaine rationnelle, domine le milieu naturel en l’aménageant et en l’adaptant aux besoins exigés selon des critères bien définis par la classe gouvernante d’un pays.

Hippodamos de Milet est un urbaniste et architecte Grec. Selon Aristote, il « inventa le tracé géométrique des villes et découpa le Pirée en damier » .Commandité par Périclès, en 433, pour tracer les plans de la cité de Turii, remplaçant l’antique Sybaris, il suggérait un État de 10.000 citoyens, répartis en trois classes : l’une comprendrait les prêtres, la deuxième les soldats, la troisième les artisans et les laboureurs. Prêtres et soldats ne pourraient rien posséder en propre, les membres de la troisième classe leur fournissant la subsistance.

Hippodamos de Milet est là pour rappeler que toute réflexion sur l’urbanisme rejoint une réflexion politique, une organisation sociale voulue, par le pouvoir en place.

Un autre exemple de l’utilisation de l’urbanisme à des fins politiques : Hérode. Il séjourna dans la Forteresse Antonia, accolée à la façade Nord du Temple de Jérusalem, avant de décider que ne lui soit construit un autre palais, de l’autre côté de la cité. Il avait pris conscience que la forteresse dominant le Temple était une gêne pour la vie de la classe sacerdotale et il voulut, par son déménagement, se concilier l’élite religieuse des Juifs.

La cité est une entité politique, économique, sociale liée à l’espace urbain, rassemblant le physique et le moral, elle est création de l’homme et non de la nature. En étudiant l’urbanisme et l’architecture d’un pays, nous pouvons voir ses rêves, son projet humain, son état d’âme ; la tour de Babel n’est qu’un exemple parmi les plus révélateurs de cette constatation.

Tout projet d’urbanisation est pour donner du sens à la ville, à la cité, pour former le citoyen du présent et surtout celui de demain.

Tel est le cas de la construction du Temple de Salomon ; résidence du Divin au milieu de son peuple dans la ville de Jérusalem, élue ville sainte. On voit que cette architecture-là dont les plans ont été élaborés par D ieu lui même (Exode 25 :8) est bien plus que l’art des espaces, elle conditionne non seulement le social, mais aussi, la pratique et la mise en application des lois reçues sur le Mont Sinaï, et ainsi le devenir des citoyens d’une telle cité : devenir saints ! En fait, celui-ci vise l’idéal d’un royaume de prêtres et d’une nation sainte (cf. Exode XIX, 6).

Le temple (templum) désigne à l’origine le carré que l’augure romain dessinait du doigt dans le ciel pour observer les signes divins. Par extension, le temple signifie l’édifice construit à l’endroit de la manifestation divine dans un lieu saint.

L’urbanisme nous révèle encore bien des secrets sur nos comportements psychologiques, sociaux, politiques ou religieux.

Penser les fêtes de Soukkot, son obligation de vivre dans une soukka (cabane) pendant 8 jours, nous fait rompre avec toute cette matérialité, cette re/connaissance et distinction sociales liées à la construction de nos habitacles, son futur asservi.

Vivre en cabane ces 8 jours-là, c’est remettre l’Humain, aussi, sur les rails d’une pensée de l’égalité sociale.
Elle ouvre la vision sur un futur non programmé, détruisant ainsi, de facto, les projets humains préétablis, révélés et, très souvent, sclérosés par notre urbanisme. Dis-moi où tu vis, je te dirai qui tu es !

Elle offre ainsi, la liberté d’un penser en dehors de toute forme établie et fortifiée, prédéterminée par les bâtisseurs de nos cités, par leur « commanditeur », par le pouvoir en place. Elle permet une véritable remise en question des valeurs essentielles de la vie, de l’Humain et d’un juste retour, non seulement vers soi, vers son projet initial, plus en accord avec la nature, sa nature, avec sa terre nourricière, mais aussi vers les Autres. Cet Autre, qui pendant 8 jours, vivra exactement comme soi, dans exactement, les mêmes conditions.

Penser la cité différemment, c’est le moment !

Penser l’humain libre qui peut, à tout moment, détruire les forteresses de la pensée établie pour une nouvelle construction, reconstruction de soi, pour une nouvelle vision de la cité et donc de son futur.
Rien n’est jamais figé, il n’existe aucun point statique dans l’univers.

Etre en cabane, comme un vent de liberté éternellement renouvelé, toujours possible, juste, choisir et utiliser les bons matériaux de sa construction !

Bonnes fêtes de Soukkot à vous tous !

Maryline Médioni – © Le Monde Juif .info

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