Publié le 24 Mai 2015

Jeannette Bougrab : « L’assassinat d’Ilan Halimi est la première manifestation d’un antisémitisme renaissant « 

BOUGHRAB

L’ancienne présidente de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE), Jeannette Bougrab, a déploré dimanche la sous-estimation en France de la montée et de la radicalisation de l’islam.

« Depuis les années 80, la France sous-estime la montée et la radicalisation de l’islam. L’affaire du voile de Creil en 1989 a été une première alerte, malheureusement ignorée. A l’époque déjà des intellectuels de gauche, comme Elisabeth Badinter, avaient dénoncé un abandon de la laïcité. Les élites ont préféré se couvrir les yeux plutôt que de prendre la mesure des conséquences désastreuses de l’abandon de notre modèle républicain. », a déclaré au Figaro l’ex secrétaire d’État à la Jeunesse et à la Vie associative dans le gouvernement de François Fillon.

« La chronologie récente des évènements en France est éloquente: En janvier 2006, un jeune homme du nom d’Ilan Halimi est enlevé, torturé et assassiné par le «gang des barbares», première manifestation d’un antisémitisme renaissant. Le 9 mars 2012, un jeune Français du nom de Mohammed Merah pénètre dans une école. Il tue un enseignant et ses deux enfants ainsi qu’une petite fille. Deux jours auparavant, il avait abattu des militaires revenus d’Afghanistan. Le 24 mai 2012, le Français Mehdi Nemmouche se rend au musée juif à Bruxelles. Il entre muni d’un revolver et tue quatre personnes… Il y aurait déjà dû avoir un avant et un après Merah, un avant et un après Nemmouche. Nous n’avons pas fait notre révolution copernicienne. Les prémisses sont là. », poursuit-elle.

« Lorsque 12 personnes meurent simplement à cause de leurs dessins et quatre autres parce qu’elles faisaient leurs courses dans une supérette cacher, c’est la preuve d’un terrible échec, le symbole absolu de notre déclin. Sommes-nous aveugles au point de ne pas avoir pris la mesure de la monstruosité des actes? Sommes-nous stupides d’avoir pensé qu’ils ne pourraient pas se reproduire ? Nous n’avons toujours pas mesuré la gravité des évènements, le fait que nous sommes entrés en guerre. », met en garde Jeannette Bougrab.

Dans ce long entretien accordé au Figaro, la nouvelle directrice du service d’action culturelle à l’ambassade de France d’Helsinki, en Finlande, dresse un parallèle avec la montée du nazisme dans les années 1930. « Dans mon livre, je fais le parallèle avec Stefan Zweig. L’écrivain avait fui son pays natal, l’Autriche, chassé par le nazisme, pour l’Angleterre puis le Brésil. Retraçant la chronologie des évènements de la fin du XIXe siècle jusqu’au début de la seconde guerre mondiale, il montre que le suicide européen était prévisible. Il regrette que les prémisses de la Shoah n’aient pas alerté les gouvernants: «Cela reste une loi inéluctable de l’histoire: elle défend précisément aux contemporains de reconnaître dès leurs premiers commencements les grands mouvements qui déterminent leur époque.» écrit-il. Ma crainte, pour ne pas dire ma peur, ma terreur est que les prémisses sont là et visibles, ils nous sautent même aux yeux et pourtant nous n’en tirons aucune conséquence. », explique-t-elle.

Interrogé sur une éventuelle capitulation des dirigeants français face à l’islamisme radical, Jeannette Bougrab, déplore la « lourde responsabilité » des hommes politiques et des intellectuels. « L’alliance rouge-verte symbolisé par le livre d’Edwy Plenel, Pour les musulmans, me gêne beaucoup. Heureusement, il y a quelques résistants comme par exemple Michel Onfray. Mais il se fait injurier lui aussi.», conclut-elle.

Éric Hazan – © Le Monde Juif .info | Photo : DR

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