Publié le 18 Déc 2014

EXCLUSIF | Dany Boon : “Ma conversion au judaïsme ? Quand j’ai reçu des insultes antisémites, j’ai compris qu’elle était réussie”

DB4

Invité par le centre culturel français de Tel-Aviv pour la promotion de son film sorti en février 2014 en France Supercondriaque et prévu sur la toile le 25 décembre en Israël, j’ai rencontré un Dany Boon en pleine forme.

Pourquoi avez-vous fait ce film sur l’hypocondrie Dany Boon ?

Dany Boon : je me suis inspiré de ma propre hypocondrie pour mon quatrième long-métrage en tant que scénariste et réalisateur.

Le rire comme thérapie ?

D.B : Le rire est humain. Il répare les blessures et les soigne en même temps. On peut parler de tout avec humour, de sujets même très graves.

Supercondriaque raconte l’histoire de Romain Faubert, célibataire, photographe pour un dictionnaire médical en ligne, conséquence directe de son hypocondrie. Le Docteur Dimitri Zvenka, interprété par Kad Merad, son médecin traitant, décide de l’aider, son idée pour le soigner : lui trouver la femme de sa vie pour ne plus avoir peur de tout. Ce film marque ainsi les retrouvailles à l’écran après Bienvenue chez les Ch’tis, de Dany Boon et de Kad Merad, remarquable dans son rôle. Cette comédie poussée parfois à l’extrême dans certaines scènes, mélange hardiment la romance et l’action. Le début de l’histoire a du mal à démarrer, un peu long dans les premières vingt minutes, puis le film change de rythme et là, on plonge dans cette légère intrigue ponctuée de rires, on a envie d’en connaitre le dénouement. Le comique est bien là, Dany Boon s’étant expiré à coup sûr de Stan Laurel pour ses mimiques et ses pleurs répétés dans quelques scènes. Film qui donne de la bonne humeur, qui ne guérit peut être pas de l’hypocondrie, mais excellent remède contre les petits coups de spleen.

Alors, vous pensez qu’on peut rire de tout ?

D.B : On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui.

Vous parlez d’humour, de rire, vous-même avez fait de nombreux one-man show, pensez-vous que Dieudonné est un humoriste ?

D.B : non, ce n’en est pas un !

Mais pourtant les gens qui vont à ses spectacles y vont pour rire non ?

D.B : Non je ne pense pas que ces personnes y vont pour rire, je m’étais déjà exprimé sur ce sujet en France, ce qui m’a valu des menaces, j’ai même eu une protection quelques temps.

Que pensez-vous de ce climat d’antisémitisme en France ?

D.B : La parole a été libérée, ce climat antisémite est alarmant. Je reçois de nombreuses insultes antisémites sur ma page fb, et dernièrement, j’ai même eu droit de la part d’un journaliste à un « oui mais toi tu es riche, tu es Juif. » Je me suis demandé si c’était de la provocation, au début je n’ai pas répondu, puis je lui ai dit « mais j’étais très très riche aussi, quand j’étais catholique. » Et puis des Juifs pauvres, j’en connais, nombreux, hélas, d’ailleurs, sollicité par mon ami Arthur, beaucoup plus hypocondriaque que moi, (sourire), je participe à des événements comme le gala de Meir Panim, de l’hôpital Hadassa ou l’opération Tsedaka et j’avoue que je le fais avec non seulement, un extrême plaisir, mais surtout, par solidarité avec mon peuple, pour aider les démunis.

Pourquoi vous êtes-vous converti au judaïsme, par amour ?

D.B : Ma conversion au judaïsme ? Quand j’ai reçu des insultes antisémites, j’ai compris que ma conversion était réussie ! Et c’est vrai que ma femme est juive, bien sûr par amour – mais, chut, ça, faut pas le dire- (sourire) J’ai une véritable foi, c’est un retour aux sources, celles des vraies valeurs humaines, celles que j’ai toujours défendues. J’ai étudié, je prends encore aujourd’hui, après ma conversion, des cours. Vous savez mon père était kabyle et ma mère, chrétienne, et j’allais tous les dimanches à l’église. Je me posais toujours de tas de questions et lorsque je les adressais au responsable de la paroisse, il me répondait : « arrête de poser des questions, la religion est ainsi » Le judaïsme est à l’opposé de cette pensée chrétienne. J’ai posé et je pose encore toutes les questions et on m’a toujours donné les réponses, ma réponse.

Comment a réagi votre mère à cette conversion ?

D.B : Ma mère ? Une personne humble, très humble qui, lorsque j’ai commencé à être célèbre, répondait au téléphone même à 3 heures du matin à mes nouveaux fans qui avaient trouvé son numéro de téléphone sur les pages jaunes et gentiment, leur donnait les dates de mes spectacles. Une femme ouverte sur les autres, qui a souffert du rejet de sa propre famille lorsqu’elle s’est mariée avec mon père. Sa réaction ? Eh bien, pour mon mariage, elle a tricoté plus de 100 kippot pour les invités.

N’avez-vous pas eu peur, un seul instant, de vous convertir au judaïsme en France, dans ce climat antisémite ?

D.B : Oui, (rires). On m’avait prévenu : tu es célèbre, tu es un homme public, ça risque d’être dangereux. Je n’ai pas peur ! Je revendique l’appartenance à mon peuple, et j’en fais partie. Et puis, vous savez, lorsque j’étais enfant, mon père étant kabyle, j’ai toujours été confronté à des insultes ou à des actes de racisme alors je suis rodé en la matière. Il n’y a rien de plus abject que les racistes et les antisémites, ils sont hors de l’humanité, ils n’ont rien compris !

Propos recueillis par Maryline Medioni – © Le Monde Juif .info | Photo : DR

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