Publié le 29 Juil 2014

J’ai vu mon père pleurer. Pleurer | Par Nathalie H.

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Plusieurs semaines que des roquettes, missiles et armes sophistiquées nous bombardent en Israël.

Plusieurs semaines que je répète quotidiennement à mes parents : Protégez-vous !! Mais rien n’y fait !

Dans leur appartement à la City d’Ashdod, petite ville située dans le sud d’Israël, le mamad, la chambre forte, la pièce blindée est   “la chambre de nos petits enfants” se complaisent-ils à me dire. Ils n’y vont que rarement. Juste pour faire le ménage ou pour arroser les cactus et les plantes qui, sur le rebord extérieur de la fenêtre, empêchent le volet de sécurité de coulisser depuis de nombreuses années.

Quand les sirènes retentissent, impassiblement, ils vaquent à leurs occupations, qu’ils soient à l’extérieur ou chez eux. Comme si rien, rien ne pouvait les atteindre. Forts de leurs vécus. Papa me répète souvent : “Après trois guerres et mes 80 ans, que veux-tu qu’il m’arrive ??!!”

Mais récemment, j’ai vu mon père pleurer. Pleurer.

Lors de l’une des manifestations anti-israéliennes, il a entendu et vu de ses propres yeux des Français hurler des slogans antisémites.

Des jeunes animés d’une haine sans nom hurlaient : “Mort aux JUIFS”.

La bête immonde s’est affichée en plein jour. En plein Paris.

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Devant les Français. Devant les télévisions du monde entier.

“Et personne n’a empêché ça … ” m-a-t-il dit d’une voix entrecoupée de sanglots. “Personne !!! Ça ne cessera donc jamais ???? ” m-a-t-il dit les yeux remplis de larmes. “Ce qui me bouleverse le plus est cette nouvelle génération, qui à mes yeux, manque d’éthique, d’instruction civique et de non-respect des uns envers les autres. J’ai donné 36 mois de ma vie pour l’armée Française, j’ai respecté le drapeau Français au garde à vous. En tant que Français et Juif.” a-t-il ajouté le regard perdu dans de sombres pensées.

Papa est né en 1933 à Paris. Français. Juif et Français.

Pendant la seconde guerre mondiale, internés dans les camps de Pithiviers, Bonne la Rolande et Drancy, sa maman (Perla), ses frères Herch (Henri) 19 ans, David 18 ans, Simon 1 ans et sa sœur Sarah 15 ans seront déportés entre juillet 1942 et octobre 1943 dans le camp de la mort d’Auschwitz.

Papa ne les reverra jamais.

Aucun d’eux ne reviendra.

Morts en déportation parce que JUIFS.

Son père Zlama (Salomon) s’éteindra, meurtri à tout jamais, en 1945.

Il vivra avec sa sœur Bella et son frère Jean jusqu’à sa majorité.

A l’âge de la retraite, mes parents sont venus s’installer en Israël, recherchant leurs racines perdues. N’ayant eu ni enfance, ni jeunesse, ils y espéraient une retraite paisible.

Je suis Nathalie, la fille unique de Bernard et Jeannine.

Française. Née après la guerre, en 1963. J’ai vu mon père pleuré pour la première fois lorsque j’avais environ 5 ans. Un film sur la seconde guerre mondiale à la télévision, je ne me souviens pas du titre, peut-être “Nuit et Brouillard”, je ne sais plus, mais ce film lui a fait resurgir ses émotions cachées, enfouies au plus profond de lui-même.

J’ai su, ce jour-là, que j’étais juive.

En primaire, un jour, mes amies se regroupent autour de moi et inquiètes me demandent : C’est la guerre dans ton pays ! Tu retournes en Israël ?

J’ai donc deux pays ? Je suis Juive Française. A mes yeux, ainsi qu’à ceux de tout mon entourage.

En 1980 attentat à la bombe de la synagogue de la rue Copernic à Paris.

Colère, incompréhension, douleur au cœur.

En 2006, l’enlèvement, la séquestration, la torture et la mort d’un jeune homme en France parce que JUIF.

Après les meurtres de trois militaires à Toulouse et Montauban, le 19 mars 2012 de nouveau à Toulouse, un homme, français, tue froidement 4 personnes juives, dont 3 enfants.

Acte antisémite ignoble. Je suis effondrée. Je dois réagir. Vite. Je ne me laisserais pas faire. Je ne cautionnerais pas. Impossible pour moi de continuer à vivre ici. C’est décidé. Je n’en supporterai pas plus.

La France, ma France, je ne la reconnais plus.

Je la quitte. Elle est malade et refuse de se soigner. Elle est atteinte. Se refuse à guérir. Je n’ai aucun espoir qu’Elle retrouve la raison, et qu’Elle devienne enfin le pays des Droits de l’Homme. Liberté, Égalité, Fraternité. Cette France n’existe pas, plus, pour moi.

Je rejoins mes parents en Israël, à Ashdod.

A 50 ans je rentre enfin à la maison. Dans le seul Etat juif de la planète. Je rentre d’où je viens. Je me sens enfin entière, vraie et je repense souvent à ma famille morte pendant la Shoah qui n’avait pas d’endroit où aller se réfugier, pas d’Etat d’Israël en 1942. Morts parce que JUIFS… aussi.

Ces manifestations Pro-Palestiniennes, si elles étaient véritablement pro-palestiniennes oui, je pourrais les comprendre, OUI que je peux ! Mais elles cautionnent des terroristes et ont laissé des antisémites français montrer librement leurs vrais visages.

Leur HAINE du JUIF. Leur antisionisme n’est qu’antisémitisme.

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Personne ne les a fait taire, personne n’a déchiré leurs pancartes sorties d’un autre siècle. Personne n’a interdit leur participation aux autres manifestations qui se sont déroulées ensuite. Personne ne les a empêchés et personne ne les a réellement punis.

Personne !!

La France nous a fait assez souffrir, assez pleurer.

Et même 72 ans après la rafle du Vel’ d’Hiv, cette France continue.

HONTE à elle, honte à ceux qui préfèrent se taire, honte à ce silence, honte aux Français silencieux !

HONTE à ceux qui ont encore fait pleurer mon père.

Nathalie H. Ashdod. Israël. – © Le Monde Juif .info

© Photos : DR

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