Publié le 15 Juil 2014

France, pour la première fois tu me fais peur | Par David B.

PARISPALESTINE

Ce n’est pas totalement vrai, car la France m’a déjà fait peur. Mais il s’agissait de la vieille France, celle que je n’ai pas connue mais que j’ai découverte dans les livres d’Histoire, en regardant “Shoah”, ou encore “Au nom de tous les miens”. Cette France-là m’a toujours effrayé, mais je la pensais définitivement rangée au placard, depuis le 16 juillet 1995, date du discours de Jacques Chirac, premier président de la république à reconnaître la “faute collective de la France”. “Ces heures noires souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et nos traditions”, avait-il dit… Ça, c’était avant. Car depuis, les choses ont bien changé. Les agressions envers la communauté juive, dont je ne vais pas faire une longue liste, et dont l’issu fut parfois la mort dans des conditions atroces, n’ont pas cessé d’augmenter. Agressions soi-disant pas représentatives de ce que pense la majorité des Français, majorité bien silencieuse au passage. Des gens se voulant bien-pensants me trouvaient trop alarmiste lorsque devant la gravité croissante de ces actes antisémites s’accumulant au fil des semaines, des mois, des années, je leur faisais part de mon inquiétude pour l’avenir de la France. “Tu vois tout en noir” me disait-on souvent avec un sourire condescendant. Je pense que si on se croisait par hasard aujourd’hui, ils baisseraient les yeux et fermeraient leur gueule, surtout les juifs de la gauche caviar, les pires selon moi. 

France… Combien de fois faudra-t-il que la ligne du supportable soit franchie pour que tu te réveilles et retrouves ces fameuses valeurs qui furent les tiennes à une époque ?! Si tu persistes dans ta dérive, tu auras bientôt pour moi autant de mérite d’avoir instruit les Droits de l’Homme que les Arabes en ont aujourd’hui d’avoir inventé l’algèbre. Continue sur ta lancée, et cette partie de ton Histoire ne sera plus qu’un lointain souvenir dans la mémoire collective, un bout de papier que les gens iront voir au musée, mais qui n’aura plus aucun sens sur ton territoire. Car chez toi, on casse du Juif, et tu laisses faire ! Ne vois-tu pas que chaque fois que le sang d’un Juif coule sur ton sol juste parce qu’il était Juif, il dilue un peu plus tes valeurs, comme de l’eau effaçant l’encre d’une page manuscrite ?! Chaque fois qu’un magasin juif est vandalisé, qu’une synagogue est taguée, qu’un cimetière est profané, que des commentaires antisémites fleurissent sur ta toile, qu’un jeune portant la kippa est agressé dans tes rues, sans que rien ne soit fait pour retrouver et punir les coupables, tu t’enfonces un peu plus.

 

France, ta communauté juive a toléré tout ce temps bon nombre de choses intolérables, elle a supporté l’insupportable, elle a cru en toi malgré tout ce qu’elle endurait… jusqu’aux événements qui ont eu lieu hier ! J’ai bien peur que cette fois les choses soient allées trop loin. Les images que nous avons vues hier nous ont traumatisés. Tu n’aurais jamais dû laisser faire, l’attaque pure et simple de plusieurs lieux de cultes juifs dans ta capitale, l’agression de plusieurs juifs désignés comme tels, des milliers de personnes scandant aux juifs de partir dans le meilleur des cas, entendues dans les rues de plusieurs grandes villes en simultané, sans qu’aucune autorité ne réagisse ou ne décide purement d’annuler ces manifestations. Et les “Mort aux juifs”, ou les “Hitler avait raison”, on en parle ou pas ?! J’aimerais que l’on redéfinisse ensemble ce que l’on entend par “incitation à la haine raciale”, ou “antisémitisme”, qui sont normalement punis par ton code pénal. Car j’ai comme l’impression qu’hier, des gens ont pissé sur ta Constitution, et que tu les as laissés faire.  

France, ce qui s’est passé hier est le résultat d’une longue dérive, car en vérité cette ligne a été franchie il y a bien longtemps, et il va être bien difficile pour toi de redresser le tir. Je dis pour “toi” et pas pour “nous”, car je t’estime unique responsable de cette situation. Trop longtemps tu as fait l’autruche, plongée dans un déni total, refusant de voir cette gangrène gagner du terrain. Elle se trouve maintenant aux portes de tes organes vitaux, que vas-tu faire ? De ta réponse, dépend mon avenir, notre avenir. Tu as mis à ta tête un président qui, pour ne pas froisser un certain électorat issu de l’immigration, a laissé Marine Le Pen s’emparer du discours républicains de base. Ces fameuses valeurs républicaines qui t’incarnent, ton président a été incapable de les défendre. On a vu le résultat aux européennes. Le FN n’aurait jamais dépassé les 5% si tes dirigeants avaient su rester fermes et tenir les bons discours. Est-ce vraiment être de droite que de dire qu’il faut t’aimer, te respecter, connaître ton Histoire, parler ta langue, pour mériter ta nationalité ? Car j’ai l’impression amère qu’il est devenu politiquement incorrect de s’exprimer publiquement ainsi. Hier je pense qu’une bonne partie de ceux qui étaient dans la rue sont les mêmes que ceux qui ont sifflé ta Marseillaise, ou qui se vantent de ne pas te respecter. Quel message as-tu envoyé à ta communauté juive, et au reste du monde ? Les médias étrangers ne se gênent pas pour relayer les images que les tiens n’ont que partiellement révélées, préférant montrer une fois de plus les bombardements à Gaza pour jeter plus d’huile sur le feu. Comment doit-on prendre tout cela ?  

J’ai grandi avec l’idée que les juifs de la diaspora étaient forcés de quitter leur pays d’origine toutes les trois générations. Mon père ayant dû quitter le Maroc jeune, je me suis toujours senti épargné par cette malédiction que nous portons. Mais il semblerait qu’à mon tour, je doive prendre rapidement une décision lourde de sens. Tu as déjà laissé partir une partie de tes cerveaux et de tes entrepreneurs pour une histoire d’impôts à 75%, et maintenant tu laisserais partir tes Juifs pour rien ?! Quelque chose ne tourne pas rond en ce moment… On s’est tous demandé pourquoi les Juifs ne t’avaient pas quittée avant l’arrivée des nazis. Beaucoup pensaient que rien ne pouvait leur arriver de mal, et je ne l’ai jamais compris. Car avec le recul qui était le mien, tous les signes annonceurs étaient présents, à commencer par le climat qui régnait sur le territoire dans les années trente. Du coup, aujourd’hui, je comprends mieux. Et malgré tous les signes, malgré le nombre exponentiel de Juifs qui te quittent pour Israël, dont ma propre famille, je ne t’ai toujours pas quittée. Mais ma patience a ses limites, et elles ont été franchies hier. Que vas-tu donc faire pour nous retenir ? Franchement, j’y mets du mien, je me force, car je ne veux pas quitter mes racines, ma culture dont je suis si fier. Mais j’ai peu d’espoir. J’ai bien peur qu’aujourd’hui tu ne puisses plus garantir notre sécurité. Je n’ai pas envie de devenir un fait divers, et c’est pour cela que désormais, je n’ai plus peur pour toi, mais j’ai peur de toi.

David B. – © Le Monde Juif .info

© Photo : DR

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