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Publié le 22 Fév 2014

Ukraine : le combat des “juifs de Maïdan”

A-Kiev-

« Je suis juif, pratiquant de surcroît. Mais je n’ai jamais fait l’expérience de l’antisémitisme sur la place de l’Indépendance » : ainsi commence le témoignage d’un jeune commandant d’un « groupe d’autodéfense » opposé au régime de Viktor Ianoukovitch en Ukraine.

Pour des « raisons évidentes », son nom ne sera pas dévoilé, précise Hadashot, la gazette de l’Association des communautés juives d’Ukraine. Cet homme aurait pu enseigner dans une yeshiva, une école juive, mais aujourd’hui il a troqué sa kippa contre un casque, raconte le journal. Et il se bat à la tête d’un groupe de volontaires à Maïdan, la place de l’Indépendance à Kiev, théâtre de violents affrontements entre les manifestants et les Berkout (les Aigles royaux), les redoutables forces spéciales du régime de Viktor Ianoukovitch, qui ont fait une centaine de morts ces derniers jours.

A l’en croire, cet homme n’est pas le seul membre de la communauté juive à avoir rejoint la contestation armée : « Dans ma seule unité, j’ai encore quatre Israéliens d’origine ukrainienne qui, comme moi, ont rejoint le Maïdan pour éviter des morts inutiles. Ce sont des hommes qui ont connu la guerre dans les Territoires palestiniens. Mais aujourd’hui, je dirais que nous sommes devenus en quelque sorte les Casques bleus de Maïdan – une référence aux troupes de maintien de la paix des Nations-Unies », poursuit-il.

« L’ambiance ici est plus que tendue. Des gens veulent se venger du sang versé de leurs frères d’armes ; d’autres en ont assez des belles paroles des politiciens. Tous ces esprits échauffés n’ont aucune idée des véritables combats de rue et de leurs conséquences. Et ils oublient que de l’autre côté des barricades il y a des hommes aussi… Bref, nous veillons à ce que la place de l’Indépendance ne perde pas son visage humain », dit-il encore. Et c’est ainsi qu’il a gagné l’estime de ses camarades de combat qui n’hésitent pas à vanter les mérites de cette unité d’autodéfense « juive »…

Ce témoignage vient enfoncer un clou dans la propagande gouvernementale – et russe – qui présente la contestation de Maïdan comme un mouvement nationaliste ukrainien aux relents antisémites. Le 21 février, le tabloïd de Moscou Komsomolskaïa Pravda n’hésitait pas à comparer les manifestants de Kiev aux partisans de Stepan Bandera (1909-1959), fondateur de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne qualifié par le Centre Simon-Wiesenthal de « collaborateur nazi responsable du massacre de milliers de juifs pendant la guerre de 1939-1945 ». « Après avoir pris l’Ukraine les Banderovtsi prendront pour cible la Russie », titrait en grosses lettres rouges le journal sur page de Une, sous une photo apocalyptique des émeutes à Kiev.

Vendeur de légumes et cadre dynamique

La presse française s’était également émue de la présence – voire la prédominance -, parmi les contestataires de ces militants d’extrême droite et autres ultras de foot, tels les membres du groupe Pravyi Sektor. Certains accusant même les correspondants sur place de passer sous silence cette réalité.

« A Maïdan, je n’ai jamais caché que j’étais juif, pratiquant de surcroît. Et cela n’a jamais posé de problème à qui ce soit. Ici, il y a des Russes, des Azerbaïdjanais, des Arméniens, des Géorgiens et, bien évidemment, des Ukrainiens. Et tous se respectent les uns les autres », poursuit l’interlocuteur du journal Hadashot. Il reconnaît néanmoins que, depuis le début des émeutes, il a été amené à fréquenter des gens avec qui, « en temps normal, il ne se serait pas trouvé beaucoup d’atomes crochus ». « Mais les militants professionnels ne représentent pas plus de 40 % des gens présents ici. On y trouve de tout, du vendeur au marché aux légumes jusqu’au jeune cadre dynamique. Moyenne d’âge 27-30 ans. Et toute symbolique fasciste et nazie est absente de Maïdan », précise-t-il. « Des extrémistes bien organisés ? C’est un mythe. En ce moment, je dirige 30 hommes. Mais à n’importe quel moment je peux en mobiliser 300 – aucun d’eux ne peut en faire autant », fanfaronne le « juif de Maïdan ».

Hadashot rappelle néanmoins que quelque 80 % des juifs d’Ukraine regardent les événements de Maïdan « sinon avec hostilité du moins avec scepticisme », pour la simple raison qu’ils sont originaires de régions où les nouvelles de la contestation n’arrivent pas ou sont déformées par la propagande officielle. Cela attriste « énormément », le jeune commandant juif : « Je ne considère pas seulement la présence des juifs à Maïdan comme un devoir moral. C’est aussi un acte politique. Et c’est ce qui nous permettra de continuer à vivre et à travailler dans ce pays. Avec l’aide de Dieu, lorsque je pourrai enfin enlever mon masque et dire qui je suis, personne ne pourra pas reprocher aux juifs ukrainiens d’avoir fait l’autruche », conclut-t-il.

© Alexandre Levy – http://blogs.fait-religieux.com/nos-blogs/georeligion

© Photos : DR

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