Publié le 9 Jan 2014

La poésie juive, une arme redoutable pour le peuple d’Israël

bialik

Il y a 141 ans, naissait Haïm Nahman Bialik à Radi, un village de Volhynie. Il est l’un des plus célèbres poètes de langue hébraïque. Poète, essayiste et journaliste, écrivant parfois aussi en yiddish, il est considéré comme le poète national d’Israël. 

La poésie composée par les Juifs qu’ils soient religieux ou non, n’est pas, à l’instar de toutes formes d’art, artifice social. Elle est l’un des moyens de transmission de notre héritage à travers le temps, au fil de notre histoire. Elle a aussi cette particularité d’être rarement déclamée ou dite, elle est…chantée, telle « Le chant de la Mer » (Exode chap. 5) qui est le plus ancien des poèmes que l’on puisse trouver dans la Bible. On ne peut décemment parler de poésie juive sans évoquer ; les Psaumes du roi David et, le plus sublime, je dirais même divin, l’hymne à l’Amour, le Cantique des Cantiques écrit par le roi Salomon.

La poésie juive est lyrique, chantée, accompagnée de la harpe, de flute, de la lyre ou de tambourin.

Au fil de leur histoire, les Juifs n’abandonneront jamais ce concept de la poésie chantée. Ces poésies écrites en hébreu ou dans les dialectes locaux seront donc, accompagnées de musique dans l’unique but d’une pédagogie de la mémoire, comme lorsqu’on fredonne, sans y prêter attention, une chanson entendue plusieurs fois à la radio, les paroles imprègnent ainsi notre mémoire, à notre insu. L’art poétique juif aura comme unique projet initial, la sauvegarde de l’identité du groupe, son but ; détourner le Juif de diaspora de tout autre art poétique considéré comme profane. Israël Nayara le dira clairement dans son œuvre « Zemirot Yisrael » dans sa préface : « l’unique but de cette création poétique est la raison didactique et pédagogique au sein de notre peuple. »

De l’exil des Juifs à partir du second temple en Espagne, de l’établissement dans les différents pays d’accueil, la création poétique juive a été dans sa préoccupation majeure la sauvegarde de la foi et de la pérennité d’Israël au sein des nations. Elle prend sa source dans la bible, le talmud et, peut même adapter son histoire et la raconter à la mode des coutumes locales en y ajoutant son propre vécu au sein de telle ou telle nation.

Par exemple, les Romanceros, ces poésies écrites en judéo-espagnol dit le Ladino, narrent les coutumes et les récits de ces Juifs originaires de l’Espagne., elles sont uniquement là comme vecteur de mémoire de l’Histoire de ces communautés juives à travers le monde. 

Les poètes contemporains comme Claude Vigée, Paul Celan ou Benjamin Fondane pour ne citer que ces quelques noms dont je vous recommande la lecture, ont eux aussi, utilisé la création poétique comme moyen de témoignage de leur vie, de leur histoire, de l’Histoire de la Shoah.

Paul Celan déclarera : « la poésie est cette quête de vérité, essayer de mettre des mots sur l’effroyable. Elle essaye d’atteindre cette vérité historique, elle n’est pas atemporelle mais plutôt de se frayer un passage à travers le temps »

Paul Celan lie ainsi, me semble t-il, inconsciemment, le chemin du Juif (ivri, le passant) à la poésie. Les deux n’ont –ils pas le même projet, le même but ? Celui de la transmission de la mémoire, du passeur de mémoire ?

Le début du XXe Siècle, voit l’avènement de poètes engagés politiquement comme Haïm Nahman Bialik (1873-1934) dont c’est l’anniversaire aujourd’hui (141 ans) ou Saül Tchernikhovski (1875-1943).

La poésie de Bialik, sioniste fervent, exprime le mouvement nationaliste juif, en rejetant l’idée qu’un Juif puisse vivre en dehors d’Israël.  Tchernikhovski, quant à lui, crée le nouveau Juif, un homme digne et vivant librement sur sa terre retrouvée, la tête haute.  Ces deux poètes symbolisent la transition de la poésie juive ancienne vers la poésie israélienne moderne.

Avec la création de l’état d’Israël, une nouvelle forme de poésie apparaît, celle des poètes dont l’hébreu est la langue maternelle. Parmi eux, Yehuda Amichai, Nathan Zach, et bien d’autres encore… Ils se démarquent définitivement de la poésie ancienne juive ou idéologique, ils sont à l’image de ce nouvel état et cherchent leur inspiration chez les poètes anglo-saxons.

Aujourd’hui la poésie israélienne regroupe plusieurs générations d’Israéliens, influencés par des courants artistiques, ou idéologiques très divers.

Peut-on encore parler de poésie juive ou uniquement israélienne ?

Toujours est-il que la poésie juive est pour le lecteur d’aujourd’hui une référence historique de la vie juive au sein des Nations, véritable vecteur de transmission de mémoire, mais que, surtout, elle a été pour le peuple juif, une arme redoutable contre l’assimilation.

Maryline Médioni © Le Monde Juif .info

© Photos : DR

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