Publié le 13 Nov 2013

Mémorial de la Shoah : 10 photos inédites du ghetto

Jeune homme juif portant un brassard. Ghetto de Szydlowiec, 1942. Photo: Heinrich Moepken.© Yad Vashem.

Jeune homme juif portant un brassard. Ghetto de Szydlowiec, 1942. Photo: Heinrich Moepken.© Yad Vashem.

Pour la première fois, l’institution parisienne expose 500 photographies peu connues des ghettos -dont certaines en couleur – prises par des photographes juifs, des soldats allemands ou la propagande nazie. Sophie Nagiscarde, commissaire générale de l’exposition commente dix clichés symboliques.

Le Mémorial de la Shoah propose jusqu’au 28 septembre 2014, l’exposition Regards sur les ghettos qui réunit plus de 500 clichés issus d’objectifs différents. Parmi les fonds présentés, les photographies d’Allemands amateurs, celles de Juifs qui travaillaient pour la Judenrat, l’administration juive des ghettos et enfin celle des compagnies de propagande nazie, les PK. La plupart des clichés ont pu traverser le temps grâce aux descendants des soldats allemands. Cependant, l’ingéniosité et le courage des photographes juifs, parmi lesquels Henryk Ross, Mendel Grossman ou Georges Kadish ont fait le reste. Leurs productions cachées dans des boîtes et enterrées dans différents ghettos, juste avant leur évacuation, ont pu être récupérées et fournir un réel témoignage, sans artifice et sans mise en scène, de la vie qui régnait dans ces camps sinistrés. De la propagande nazie, en passant par les photographes juifs de la Judenrat aux soldats allemands, simples amateurs, Sophie Nagiscarde commente ces différents regards à travers dix clichés.

Cliché n°1 - Ghetto de Lodz, 1940-1944. Photo: Walter Genewein. © Musée Juif de Francfort.

Cliché n°1 – Ghetto de Lodz, 1940-1944. Photo: Walter Genewein. © Musée Juif de Francfort.

Cliché n°1 – Sur cette photo en couleur, fait exceptionnel à l’époque, on voit en premier plan un Juif interné au ghetto de Lodz, derrière lequel se tient Hans Biebow, chef de l’administration allemande du ghetto. Une mise en scène du photographe Walter Genewein, le comptable du ghetto, qui a fait un nombre incalculable de photographies pour son plaisir personnel et pour montrer comme son administration du ghetto fonctionne bien. Il s’est particulièrement attelé à représenter l’activité économique du ghetto qui recélait énormément d’ateliers. Les Juifs y travaillaient pour les Allemands, produisant des meubles, des vêtements ou des chaussures de paille pour l’hiver. Ces clichés sont retrouvés dans un album de diapositives vendu à un libraire par le compagnon de Genewein, après le décès de ce dernier.

Cliché n°2 - Ghetto de Lodz, 1940-1944. Photo: Mendel Grossman. © Ghetto Fighters'House Museum.

Cliché n°2 – Ghetto de Lodz, 1940-1944. Photo: Mendel Grossman. © Ghetto Fighters’House Museum.

Cliché n°2 – Cette image de Mendel Grossman montre des Juifs du ghetto de Lodz disant adieu à leurs familles avant leur déportation imminente à travers les grillages qui entourent la cour de la prison centrale. Elle a été prise par Mendel Grossman, employé comme photographe au sein du département des statistiques du judenrat, le Conseil juif. On interdisait aux photographes juifs de prendre des photos autres que celles qui leur sont commanditées. Photographier la déportation était formellement interdit ce qui fait de ce cliché un acte de résistance. Ici, contrairement à un cliché pris par les Allemands, la présence du photographe ne se fait pas sentir témoignant sans artifice d’une scène de séparation qui sera certainement définitive.

Cliché n°3 - Ghetto de Szydlowiec, 1942. Photo: Heinrich Moepken. © Yad Vashem.

Cliché n°3 – Ghetto de Szydlowiec, 1942. Photo: Heinrich Moepken. © Yad Vashem.

Cliché n°3 – Déportation des Juifs du ghetto de Szydlowiec prise par un policier allemand Heinrich Moepken, dont on sait peu de choses. Ici les gens sont amenés vers les trains qui vont les mener dans un camp de la mort. Leur regard face au photographe allemand est extrêmement dur, le regard de ceux qui savent vers quoi ils vont sans s’effondrer et gardant leur dignité.

Cliché n°4 - Ghetto de Varsovie, 1940-1944. Photo: Anonyme, fonds Ringelblum. © Mémorial de la Shoah.

Cliché n°4 – Ghetto de Varsovie, 1940-1944. Photo: Anonyme, fonds Ringelblum. © Mémorial de la Shoah.

Cliché n°4 – Passage en contrebande de sacs de nourriture par-dessus le mur d’enceinte du ghetto de Varsovie, prise par un photographe juif anonyme. Ce cliché très rare met en scène un homme, alors que ce sont les enfants qui généralement sortaient du ghetto pour ramener diverses marchandises. On ne sait pas exactement qui est l’homme qui aide les personnes du ghetto, cependant ce cliché permet de montrer que quelques individus s’organisaient pour venir en aide au peuple juif.

Cliché n°5 - Ghetto de Kaunas, 1941. Photo: Georges Kadish. © United States Holocaust Memorial Museum.

Cliché n°5 – Ghetto de Kaunas, 1941. Photo: Georges Kadish. © United States Holocaust Memorial Museum.

Cliché n°5 – Georges Kadish, le troisième photographe juif qui a réalisé un fond important de clichés, a pris l’image des pieds de ces deux garçons, à Kaunas en Lituanie, pour montrer leur dénuement face aux dures conditions climatiques du ghetto. Pour lutter contre la rudesse des froids hivernaux et la boue, ces enfants qui ne reviendront pas des camps de la mort opposent des chaussures de bric et de broc.

Cliché n°6 - Journal de propagande nazie, Les Juifs entre eux, Berliner Illustriete Zeitung, 24 juillet 1941. Collection particulière.

Cliché n°6 – Journal de propagande nazie, Les Juifs entre eux, Berliner Illustriete Zeitung, 24 juillet 1941. Collection particulière.

Cliché n°6 – Ces clichés pris par la propagande nazie ont servi à illustrer un article de l’Illustré berlinois qui dans cette mise en scène tient à montrer le peuple juif comme égoïste et haineux. La compagnie de la propagande (PK) arrivait avec tout le matériel nécessaire, le maquillage, les alcools ou les petits fours pour montrer une joyeuse compagnie de femmes et d’hommes souriants dans les bars du ghetto en regard des enfants qui meurent de faim. En haut l’image qui montre un rassemblement sur la place centrale du ghetto véhicule le cliché séculaire du Juif spéculateur, féru de petits trafics.

Cliché n°7 - Ghetto de Varsovie, été 1941. Photo: Willy Georg. © United States Holocaust Memorial Museum.

Cliché n°7 – Ghetto de Varsovie, été 1941. Photo: Willy Georg. © United States Holocaust Memorial Museum.

Cliché n°7 – Un couple âgé vendant quelques effets au ghetto de Varsovie pris par le photographe allemand Willy Georg, opérateur de radio dans la Wehrmacht. Il est entré dans le ghetto pour y photographier de nombreuses scènes de rue plus naturelles que celles prises par la propagande nazie. Il photographie ici des personnes qui vendent ce qu’elles peuvent dans la rue, tels quels et sans mise en scène, pour acheter le peu de nourriture disponible dans le ghetto. On parle de réelle empathie chez ce photographe, mais dans les faits on ne peut pas savoir exactement ce qui anime cet Allemand. Appréhendé par la police allemande qui lui confisque son appareil – photographier sans supervision est interdit -, il parvient à conserver quelques pellicules. Willy Georg gardera ces photos secrètes jusque dans les années 90 où son fils va en faire don à l’historien Rafael Sharf qui en publie une sélection dans son ouvrage, In the Warsaw Ghetto paru en 1995.

Cliché n°8 - Ghetto de Lodz, 1941. Photo: Walter Genewein. © United States Holocaust Memorial Museum.

Cliché n°8 – Ghetto de Lodz, 1941. Photo: Walter Genewein. © United States Holocaust Memorial Museum.

Cliché n°8 – Les ghettos pouvaient être en deux parties. Pour éviter que les Juifs empruntent les rues des quartiers aryens et contaminent leurs habitants, les Allemands construisaient des ponts. Ici le pont enjambant la rue Zgierska, place Koscielny, artère principale du ghetto de Lodz. Les Juifs étaient enfermés au sein d’une ville où, autour, la vie continuait normalement.

Cliché n°9 - Ghetto de lodz. Photo: Anonyme. © Yad Vashem.

Cliché n°9 – Ghetto de lodz. Photo: Anonyme. © Yad Vashem.

Cliché n°9 – Mendel Grossman et l’un des albums photographiques produits dans le ghetto de Lodz pour le judenrat qui, par exemple, justifiait auprès des autorités allemandes l’efficacité du travail des Juifs ainsi que la bonne administration du lieu. Dans ce cliché où il se met en scène, il brandit cet album comme une dénonciation du poids de l’histoire.

Cliché n°10 - Henryk Ross dans le laboratoire photographique du ghetto de Lodz. Photo: Anonyme. Don anonyme, 2006. Image tirée à partir du négatif original, reproduit avec permission, 2013. © Collection Art Gallery of Ontario, Toronto, Canada.

Cliché n°10 – Henryk Ross dans le laboratoire photographique du ghetto de Lodz. Photo: Anonyme. Don anonyme, 2006. Image tirée à partir du négatif original, reproduit avec permission, 2013. © Collection Art Gallery of Ontario, Toronto, Canada.

Cliché n°10 – Henryk Ross dans le laboratoire photographique du ghetto de Lodz appartenant au département des statistiques du Conseil juif. Ils étaient neuf photographes à y travailler. Un laboratoire photo bien équipé pour l’époque qui leur a permis de tirer leurs photos clandestines.

Regards sur les ghettos, jusqu’au 28 septembre 2014 au Mémorial de la Shoah.

Catalogue de l’exposition, 29,80€. Consultez la programmation des nombreuses conférences autour de l’exposition.

Aurélia Vertaldi – Source : www.lefigaro.fr

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