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Publié le 9 Nov 2013

Le champion olympique Brahim Asloum : “Je voyage beaucoup à travers le monde mais en Israël je m’y sens bien”

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À l’occasion de la sortie en salles, le 20 novembre prochain, du film Young Perez, retraçant l’histoire méconnue du boxeur juif tunisien Victor Young Perez, plus jeune champion du monde de l’histoire de la boxe, déporté à Auschwitz, rencontre avec le champion olympique et champion du monde, Brahim Asloum, qui l’incarne à l’écran. 

Le Monde Juif.info : Quand avez-vous entendu parler de Young Perez pour la première fois ?

Brahim Asloum : En 1996, l’année de mon entrée dans l’équipe de France, je boxais depuis un peu plus d’un an. Cette année-là, on a installé une plaque commémorative à son nom à l’INSEP (Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance). Je passais tous les jours devant pour aller m’entraîner et tous les jours, je la regardais.

Young Perez m’intéressait à plus d’un titre ; le fait de savoir qu’il était mort en déportation m’avait frappé et, bien sûr, le fait qu’il ait été champion dans ma catégorie m’impressionnait. Dès ce moment-là, je me suis beaucoup identifié à lui et j’ai, dès lors, toujours eu le sentiment d’entretenir une relation spéciale avec lui.

Quelques années plus tard, je venais de décrocher mon titre de champion aux Jeux de Sydney, j’apprends qu’un projet de biopic sur lui se prépare. Est-ce que cela m’intéresserait de jouer son rôle ? Je venais de passer professionnel et la question ne se posait pas. Mais dans mon for intérieur, j’ai pourtant pensé : « Ce film est fait pour moi ».

C’est bizarre, j’ai toujours eu l’impression que l’histoire de Victor était faite pour moi. Je me disais que si un jour, j’étais amené à faire du cinéma et qu’on me proposait le rôle d’un boxeur, je refuserais, sauf pour interpréter le rôle de Victor Perez.

Victor_Young_Perez_French_BoxerLe Monde Juif.info : Qu’est-ce qui vous a frappé particulièrement chez lui ?

Brahim Asloum : Nos histoires se ressemblent. Il a été champion du monde à 20 ans, moi, j’ai été champion olympique à peine à 21 ans, tout est allé très vite dans nos parcours, il s’est passé un an seulement entre le moment où j’ai démarré la boxe et celui où je suis entré dans l’équipe de France.

Nous voulions tous les deux devenir champion du monde et être les uniques Français à pouvoir réussir cet exploit. Nous avons eu tous les deux la lumière sur nous,  comme lui, tout Paris venait me voir boxer.

Tout comme lui, je suis très famille, Young Perez se battait pour aider sa mère et son frère, il était très généreux, comme je l’ai fait pour les miens. C’était un champion sur le ring et un champion dans sa vie.

Sportivement aussi, on a beaucoup de points communs, même si c’était une autre génération, on a la même vitesse de bras, la même hargne, cette même envie d’être le meilleur.

Et puis, physiquement on se ressemble assez étrangement.

Le Monde Juif.info : Vous êtes Français de confession musulmane et vous incarnez un Arabe de confession juive, c’est extrêmement symbolique. Doit-on y voir un message en particulier et à qui s’adresserait-il ?

Brahim Asloum : La symbolique me convient. Étant jeune, quand j’avais huit ans, j’ai posé la question à ma mère de savoir qu’est-ce qui me dit que ma religion est la meilleure et pas telle ou telle religion ? Elle m’a répondu par une métaphore : « imagine toi un arbre, que le tronc c’est le bon Dieu, que les branches sont les diverses religions. On a tous la même base, fais ta vie ».

Le message, c’est qu’on est tous pareil, qu’on doit tous vivre les uns avec les autres. Young Perez aurait tout aussi bien pu être un de ces mômes de banlieue d’aujourd’hui.

Le Monde Juif.info : Justement, pensez-vous que ces mômes de banlieue puissent s’identifier à Young Perez et à votre démarche ?

Brahim Asloum : Moi ce que je veux, c’est que les mômes se disent « woaw, quel champion c’était ce Young Perez », qu’ils l’aiment pour ce qu’il est, non pour ce qu’il représente. J’espère qu’on montrera ce film dans toutes les écoles car je suis persuadé que cela va les toucher.

Brahim Asloum - Crédit photo : Le Monde Juif .info

Brahim Asloum – Crédit photo : Le Monde Juif .info

Le Monde Juif.info : Vous le savez peut-être, mais il est de plus en plus extrêmement difficile d’enseigner la Shoah à l’école ?

Brahim Asloum : C’est vrai, mais peut-être que ce film leur parlera directement, les enfants auront, qui sait, un autre regard, des discussions entre eux à ce sujet. Je pense que le sport peut avoir une valeur pédagogique dans le devoir de mémoire.

Le Monde Juif.info :Qu’avez-vous ressenti en portant le numéro de déporté de Young Perez sur votre bras ?

Brahim Asloum : 157158… J’étais en Israël, on faisait le tournage avec la prod, je rencontre pour les besoins du film, Noah Klinger, qui a bien connu Young Perez au camp, et à un moment donné, avec grande sagesse, juste avec son petit doigt, il remonte sa manche, et me fait voir son tatouage, c’est resté ancré en moi.

Le Monde Juif.info : La notion de mektoub (destin) revient souvent tout au long du film, pourquoi selon vous Young Perez a-t-il choisi de rester au milieu de ce piège qui se refermait sur les Juifs en Europe ?

Brahim Asloum : Il est champion du monde, il est sur un nuage, il ne prend pas conscience de la montée de l’antisémitisme à ce moment-là, ce n’est que lorsqu’il perd son titre qu’il se la prend en pleine face, quand il se rend à Berlin, le soir même de la Nuit de Cristal, sous les huées du public mais toujours fier de ses origines. Mais Victor Young Perez a juré qu’il ne rentrerait pas à Tunis avant de reconquérir le titre mondial, ce qui le pousse à rester à Paris. Là, il est pris au piège de l’Occupation.

Le Monde Juif.info : Qu’est-ce qui vous a le plus marqué en Israël durant le tournage du film ?

Brahim Asloum : Je voyage beaucoup à travers le monde mais en Israël je m’y sens bien. Il y a de bonnes ondes, une lumière unique au monde, tu y manges super bien, les gens sont agréables. Moi, ça fait quatre ou cinq fois que j’y vais, à chaque fois c’est un vrai plaisir, il y a un truc quoi, j’adore.

Le Monde Juif.info : Vous avez récemment présenté en avant-première Young Perez en Israël, un pays qui fait l’objet par un certain nombre d’artistes d’appels au boycott culturel, sans prendre de gants, quelle est votre opinion sur ces appels au boycott ?

Brahim Asloum : Moi personnellement, je suis contre toute forme de boycott, je pars du principe que si on y met du sien, on peut améliorer les choses. Si tu ne fais rien et que tu boycottes, bon ok t’as satisfait dix personnes, mais est-ce que t’as fait avancer les choses ? Pas sûr.

Quand tu boycottes, quoi qu’il arrive, tu vas sacrifier des gens qui n’ont rien à y voir.  Maintenant, si tu fais en sorte de faire avancer les mentalités et les choses dans le bon sens, c’est positif, ça met du temps. Je préfère mettre du temps que de ne pas aboutir. Il faut savoir se mettre à la place des autres, à partir de là, tu comprends beaucoup de choses. Pour se comprendre, il faut se parler.

Un film réalisé par Jacques Ouaniche, à ne manquer sous aucun prétexte :

Propos recueillis par Yohann Taieb – © Le Monde Juif .info

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