Publié le 23 Juin 2013

« Rescapé du camp 14 » : un survivant d’un camp nord-coréen exhorte le monde contre un nouvel Holocauste

Par Eric Hazan

 

Quand les gardes ont traîné Shin Dong-hyuk dans sa cellule de la Corée du Nord en 1995, il était sûr que sa fin était proche.

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Dong-hyuk, alors seulement âgé de 13 ans, est né dans la prison du Camp 14, non loin de Pyongyang. Le Camp 14 fait partie d’un réseau de prisons politiques, considéré comme le plus grand camp concentrationnaire à ciel ouvert du monde, où plus de 150 000 dissidents et leurs familles vivent dans des conditions qui ne sont pas sans rappeler les camps de concentration nazis.

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Un jour, lorsqu’il a été amené au peloton d’exécution du camp, Dong-hyuk s’est rendu compte qu’il n’était pas l’un de ceux qui devait être tué ce jour-là, pire, c’était sa mère et son frère. Le garçon a regardé calmement les exécutions, ayant subi un lavage de cerveau, il pensait que les membres de sa famille méritaient de mourir

En 2005, Dong-hyuk (prononcé dong-YUKE) est devenu le seul survivant connu du Camp 14. Depuis, il a parcouru le monde et donne l’alerte sur le traitement de la Corée du Nord réservé aux dissidents politiques, y compris pendant cinq visites à l’US Holocaust Memorial Museum de Washington et une rencontre en 2009, avec des survivants de l’Holocauste au Musée de la tolérance du Centre Simon Wiesenthal à Los Angeles. Il prévoit de visiter prochainement le Mémorial de la Shoah Yad Vashem à Jérusalem.

Début juin, il a participé à une conférence du Parlement européen sur les camps de la Corée du Nord et a reçu le prix du Courage Moral de l’American Jewish Committee qui considère Dong-hyuk comme un excellent exemple pour dénoncer la diabolisation constante d’Israël et le fourvoiement du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

A ce jour, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève a convoqué 19 sessions extraordinaires, aucune sur la Corée du Nord. Israël en a fait l’objet de six, soit plus que pour la guerre civile syrienne au cours de laquelle 90 000 personnes seraient mortes, ou le génocide au Darfour, qui a coûté la vie à des centaines de milliers de personnes, selon certaines estimations.

« Shin Dong-hyuk ne touche pas à notre ordre du jour, il est notre ordre du jour » a dit Hillel Neuer, directeur de UN Watch, « attirant l’attention sur les violations des droits de l’homme qui ne reçoivent pas l’attention qu’elles méritent ».

Les enquêteurs des droits de l’homme estiment que bon nombre des détenus dans les six prisons politiques connues de la Corée du Nord sont nés là-bas, comme Dong-hyuk, ou placés là, parce que leur famille avait des liens avec des dissidents présumés. Le grand-père et le père de Dong-hyuk ont été incarcérés parce que deux des frères de son grand-père avaient fait défection, a raconté Dong-hyuk dans une récente interview sur « 60 Minutes ».

358703_iPour Dong-hyuk, le traitement inhumain dont il a été victime, lui fait penser aux horreurs de l’Holocauste. Mais Dong-hyuk prend bien soin d’éviter de telles comparaisons, disant que les camps nazis sont la seule chose en commun avec ceux en Corée du nord et, « qu’ils ne devraient jamais exister ». Pourtant, il se sent une certaine parenté avec les victimes des Nazis.

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« À travers les histoires horribles de survivants de l’Holocauste, je pouvais voir ma vie dans les camps de prisonniers » a dit Dong-hyukt. « Je pouvais voir mes propres expériences dans les leurs ».

Yoon Yeo-Sang du Centre de base de données basé à Séoul pour la North Korean Human Rights compare l’inaction du monde sur les camps de la Corée du Nord à celle de l’indifférence du monde au génocide Nazi en Europe.

« Ce qui se passe en Corée du nord est peut-être pire que la Shoah où les Nazis ont été actifs pendant 12 ans, a dit Yeo-Sang, l’asservissement dans les camps en Corée du Nord se produit depuis des décennies ».

Dong-hyuk raconte : « nous étions constamment affamés. Certains ont mangé des rats et des insectes pour survivre. J’ai eu faim pendant 23 ans. Vous portez ce qu’ils vous disent de porter, vous mangez ce qu’ils vous disent de manger et vous faites ce qu’ils vous disent de faire».

Le gouvernement nord-coréen a longtemps nié l’existence des prisons politiques, et en l’absence d’autres évadés, il n’y a aucun moyen de confirmer les détails du récit de Dong-hyuk. Mais Yeo-Sang dit que le témoignage de Dong-hyuk est compatible avec les informations de survivants de différentes régions de la Corée du Nord.

Au cours de sa tentative d’évasion, son compagnon d’infortune d’évasion a été électrocuté et est décédé sur la clôture. Dong-hyuk a dit qu’il a rampé sur le corps de son ami afin de s’échapper.

Du camp, Dong-hyuk marchait vers la Chine, corrompant les gens du pays pour éviter qu’on ne le découvre. Il vit maintenant en Corée du Sud, où il dirige une organisation, à l’intérieur de NKR, qui tente de faire connaître la cause des prisonniers nord-coréens et de documenter les témoignages de survivants.

« Trop d’attention est portée au dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un et à son épouse et trop peu d’attention pour mettre fin à la réalité des camps » a dit Dong-hyuk.

Mais il y a aussi une raison personnelle pour son dévouement à la cause : Dong-hyuk dit qu’il se sent coupable d’avoir trahi sa mère et son frère et espère que son combat va faire prendre conscience au monde de l’horreur du régime totalitaire nord-coréen et que cette lutte lui permet de soulager sa conscience et sa peine.

La Corée du Nord détiendrait à ce jour près de 200.000 prisonniers dans ses camps de redressement par le travail, rappelant les goulags de l’ex-Union soviétique et où la torture et les exécutions sont monnaie courante et la famine généralisée.

Kim Jong-un, le numéro un nord-coréen, aurait offert la semaine dernière un cadeau très particulier à plusieurs de ses hauts responsables : le pamphlet allemand « Mein Kampf » (mon combat en français), rédigé en 1924, qui contient l’entièreté de l’idéologie du nazisme, et dont l’auteur n’est autre qu’un certain… Adolf Hitler !

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