Publié le 14 Mai 2013

Des experts accusent la photo « Pallywood » de Paul Hasen du Prix World Press Photo 2012

Par Eric Hazan

 

Le 20 novembre 2012, au cours de l’opération « Pilier de défense » dans la bande de Gaza, le photographe journaliste suédois, Paul Hansen, réalise une photo puissante illustrant l’enterrement de deux enfants palestiniens. Trois mois plus tard, elle est choisie par le World Press Photo comme sa photo de l’année.

Netherlands World Press Photo Contest

« La force de la photo réside dans ce contraste de la colère et de la tristesse des adultes avec l’innocence des enfants. C’est une photo que je n’oublierai jamais », a déclaré un membre de jury du World Press Photo, Mayu Mohanna.

La photo en question, prise par Hansen pour le journal suédois Dagens Nyheter, montre le cortège funèbre de Mahomet et Suhaib Hijazi. Des hommes en colère dans une petite ruelle, au premier plan, dans leurs bras, les corps enveloppés des deux petites victimes. Un frère et une sœur tués avec leur père dans un raid aérien israélien en réponse aux tirs de roquettes palestiniennes.

Mais la photo primée, intitulée « Enterrement de Gaza », était un peu trop parfaite, semble-t-il…

Le 15 février, le jour où le prix est annoncé, des observateurs photographes commencent à s’interroger sur la véracité de la photo. Un intervenant sur le site du British Journal of Photography souligne que l’éclairage l’a amené à penser que la photo avait été retouchée.

Suivi d’analyses d’experts et notamment d’un spécialiste de l’image médico-légale, Neal Krawetz, qui publie une étude approfondie de cette photo, concluant : « elle a été considérablement modifiée ». En étudiant sa taille, Krawetz stipule que la photo a été rognée considérablement.

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Il a ensuite examiné l’histoire de la photo et a conclu que, d’après trois conversions distinctes de la photo, elle est, en fait, composée de trois images.

8485283411_41ab97fc2fL’éclairage de l’image a été, aussi, considérablement accrue. L’enterrement en fin d’après-midi, et les traits saillants sur les visages des pleurants ne correspondent pas à la position du soleil.

Krawetz a souligné que les manipulations ont eu lieu principalement le 4 janvier, deux semaines avant la date limite du 17 janvier du concours. Elle a été modifiée une fois de plus, un jour après qu’Hansen eut été annoncé comme le gagnant. « Je peux vous dire » a écrit Krawetz, que l’image controversée n’est certainement pas originale. En outre, elle semble avoir été modifiée spécialement pour ce concours ».

Hansen a affirmé que la photo a capturé l’éclairage propice dans la ruelle, à l’heure dite et qu’il ne l’a pas altéré. Toutefois, il a omis de présenter l’original numérique de la photo, ou un fichier RAW, à la remise des prix le 1er mai, disant qu’il avait simplement oublié de les apporter.

« Bien que certaines améliorations des couleurs dans les photos journalistiques soient généralement autorisées, le type de manipulation dont Hansen est accusé franchit largement la ligne » ont déclaré les experts.

« Le Guide des normes de l’Associated Press stipule que le contenu d’une photographie ne doit être pas modifié dans Photoshop ou par tout autre moyen. Aucun élément ne devrait être numériquement ajouté à, ou soustraite de toute photographie. Des ajustements mineurs dans Photoshop sont acceptables pour restaurer la nature authentique de la photographie. Des changements des niveaux de densité, contrastes, couleurs et saturations qui modifient sensiblement la scène d’origine ne sont pas acceptables ».

D’autres agences de presse ont des lignes directrices semblables.

« Paul Hansen a précédemment expliqué en détail comment il a transformé l’image » a déclaré World Press Photo, « World Press Photo n’a aucune raison de douter de son explication. »

L’organisation a ajouté qu’elle a demandé à deux experts indépendants de procéder à une enquête médico-légale du fichier image, avec la pleine coopération de Hansen.

À Jérusalem, Paul Hirschson, porte-parole du ministère des affaires étrangères a déclaré que, contrairement à d’autres endroits dans le Moyen Orient, Israël accueille les journalistes et est fier d’être ouvert à l’examen des médias. « Nous ne sommes pas particulièrement heureux sur certains de leur partialité contre nous, mais qu’ils viennent, nous sommes une société ouverte et démocratique. Cette histoire est une question d’éthique de la photographie professionnelle de parti pris anti-Israël ».

Richard Landes, historien de l’Université de Boston, qui écrit sur la couverture médiatique du Moyen-Orient à une deuxième version, et voit cet incident dans le cadre d’un schéma plus large. « Ces manipulations et falsifications — ce que j’appelle « Pallywood » — prennent de nombreuses formes. Dans ses scènes les plus extrêmes de mise en scène, les bébés syriens présentés comme Palestiniens, victimes de l’agression israélienne, qui sont publiées dans la presse occidentale. Cet incident est plus proche de la scène photoshopped de Beyrouth en 2006 quand le photographe de Reuters a ajouté de panaches de fumée. » Landes a appelé ces instances « une manipulation systématique d’empathie occidentale ».

« Cet incident est inexcusable, » a ajouté Landes. « La photo sur Beyrouth du journaliste de Reuters avait été retirée sur place ».

Les révélations sur la photo d’Hansen ont permis au Newseum de Washington, de « réévaluer » sa décision d’honorer deux cameramen affiliés du Hamas à Gaza, tués dans un raid aérien israélien en novembre 2012, comme des journalistes morts dans l’exercice de leurs fonctions.

En date du 14 mai, la photographie de Hansen figurait toujours en bonne place sur la page d’accueil du site du World Press Photo.

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