Publié le 25 Avr 2013

Vidéo : Quand le Rabbi de Loubavitch entonnait la Marseillaise

Le 24 avril 1792, à Strasbourg, dans le salon du maire du baron de Dietrich, l’effervescence est à son comble. Cinq jours plus tôt, la France a déclaré la guerre à l’Autriche…

Le maître de maison s’adresse au jeune Joseph Rouget de Lisle, officier de son état et violoncelliste à ses heures perdues (32 ans) : «Monsieur de Lisle, faites-nous quelque beau chant pour ce peuple soldat qui surgit de toutes parts à l’appel de la patrie en danger et vous aurez bien mérité de la nation».

Le capitaine de garnison, de retour chez lui, s’exécute avec fougue. Le lendemain soir, de Dietrich organise un dîner au cours duquel lui-même reprend son chant, accompagné par une dame au clavecin et par Rouget de Lisle au violon.

D’abord baptisé Chant de guerre pour l’Armée du Rhin, le nouveau chant recueille un succès fulgurant. Des voyageurs colportent les paroles et l’air dans tout le pays.

A Marseille, où des volontaires se préparent à se rendre à Paris pour combattre l’invasion, on leur distribue des feuillets avec les paroles du chant patriotique. Les fédérés marseillais l’entonnent tout au long de leur voyage et lors de leur entrée dans la capitale. D’où son nom définitif de Marseillaise.

Le chant scande quelques semaines plus tard la charge des soldats de Valmy. Lors des révolutions de1848 dans l’ensemble du continent européen, la Marseillaise reçoit une consécration internationale (avant d’être plus tard supplantée par l’Internationale).

De Dietrich fut fort mal récompensé car il finit sur la guillotine quelques mois plus tard. Rouget de Lisle échappa au même sort par la fuite…

Deux siècles plus tard, un soir de Chabbat, aussi incroyable qu’improbable, le 23 Kislev 5752 (30 novembre 1991), au lieu de commencer son enseignement par une référence à ‘Hanoucca, dont on allumait la première flamme, le Rabbi adressa en ouverture quelques mots de bienvenue à un groupe de Juifs de France venu en visite. En retour, ils dirent tous « lé’haïm » au Rabbi, qui répondit d’un signe de tête à chacun. L’assemblée, sentant que ces Français allaient être, en quelque sorte, les invités d’honneur de la réunion, entonna l’air de la Marseillaise avec les mots du cantique « Haadérèt Véhaémouna ». Ce chant est un des thèmes majeurs de l’enseignement présenté synthétiquement ci-après, qui reprend également celui prononcé le Chabbat précédent qui en annonçait les grandes lignes.

Lorsque Napoléon, à la tête de ses armées, envahit l’Europe de l’Est, certains chefs spirituels du judaïsme apportèrent leur soutien aux forces françaises ; espérant que leur victoire apporterait une amélioration au statut des Juifs. L’Admour Hazakène (Rabbi Chnéor Zalman, fondateur du ‘hassidisme ‘Habad – ndt), lui, prit le parti du tsar Alexandre Ier. Il expliqua que la victoire de Napoléon aurait, sans aucun doute, un effet positif sur la condition économique et sociale des Juifs mais qu’elle affaiblirait leur engagement spirituel comme leur pratique des commandements de D.ieu. Une victoire de la Russie, inversement, maintiendrait des conditions économiques difficiles mais, en même temps, nourrirait l’atmosphère spirituelle de crainte de D.ieu qui prévalait alors.

Pourquoi l’Admour Hazakène s’opposa-t-il si fermement à Napoléon ? C’est qu’au cœur de la révolution française se trouve le mépris de toute autorité supérieure. Certes, le rejet de la monarchie par les révolutionnaires français fut bien inspiré par des idéaux humanistes de justice et d’égalité. Cependant, ceux-ci n’étaient pas enracinés dans la foi en D.ieu. Aussi, certaines des lointaines répercussions de ce bouleversement idéologique peuvent être considérées comme un refus de toute forme d’autorité morale et, en dernière analyse, comme une volonté de se révolter contre la souveraineté de D.ieu. Cette attitude conduisit à une recherche constante des plaisirs matériels et de la satisfaction des sens au détriment du souci spirituel.

Il convient, toutefois, de se garder de toute interprétation erronée : le judaïsme ne s’oppose pas à la prise en compte de l’aspect matériel de la vie. Cependant, la Torah demande que cette préoccupation n’ait pas pour motivation la seule recherche d’une satisfaction personnelle. Elle doit être, au contraire, orientée vers le service de D.ieu. C’est là que réside la difficulté car l’homme a une tendance naturelle à se préoccuper de son plaisir personnel plutôt que du plaisir Divin. Cependant, notre action sur les choses matérielles est nécessaire pour nous permettre d’accomplir l’intention de D.ieu. En effet, la ‘Hassidout explique que chaque élément constitutif de l’univers contient des étincelles Divines qui s’y trouvent cachées. Grâce à son potentiel spirituel, l’homme a la capacité de révéler cette énergie Divine qui y est investie. La ‘Hassidout désigne cette œuvre à accomplir sur le monde sous le nom hébraïque de « tsirouf – raffinement ». C’est ce même mot qui désigne la fonte du minerai. Dans ce processus, les scories sont rejetées et seul le métal précieux est retenu. Dans le même sens, notre rapport au monde exige que nous détournions notre attention des préoccupations matérielles et que nous nous concentrions sur la Divinité Qui s’y trouve.

Le mot qui désigne la France en hébreu, « Tsarfat », a étymologiquement la même racine que le terme « tsirouf », ce qui implique que ce pays possède un lien étroit avec un tel mode de service de D.ieu. C’est que la France incarne les deux approches qui ont été décrites plus haut : celle qui se résume à la recherche du plaisir matériel et celle qui assume la tâche de raffinement du monde et de révélation de la Divinité. A l’origine, c’est avec la première que la France était associée. Aujourd’hui, au contraire, c’est la deuxième qui y domine. Ce renversement de tendance commença avec les différentes visites qu’y fit le Rabbi Maharach (Rabbi Chmouel, le quatrième Rabbi de Loubavitch) et, plus tard et plus fréquemment, le Rabbi Rachab (Rabbi Chalom Dov Ber, le cinquième Rabbi de Loubavitch). Dans la génération suivante, le Rabbi (Précédent) ne fit pas que séjourner en France. Il y envoya des membres de sa famille en tant qu’émissaires. Cette évolution atteignit son apogée lorsque, après son installation en Amérique, il établit en France différentes branches de « Tom’hei Temimim » (la yéchiva loubavitch) ainsi que d’autres institutions éducatives.

Cette dernière étape a entraîné une révolution spirituelle, une véritable renaissance. De ce fait, de nombreux textes ‘hassidiques ainsi que des ouvrages classiques du judaïsme ont été édités en France et des milliers de Juifs venus d’autres pays y ont retrouvé leurs racines juives. Plus encore, nous voyons aujourd’hui des Juifs élevés en France et qui présentent les traits de caractère particulier de ce pays, prendre l’initiative et se consacrer à y répandre le judaïsme.

La pensée ‘hassidique explique que notre rapport au monde doit avoir une double motivation. Outre l’œuvre consistant à élever les étincelles Divines analysée plus haut, nous devons consacrer nos efforts à faire de ce monde une demeure pour D.ieu. Cet effort, qui aboutit à regarder le monde comme la « demeure de D.ieu », constitue une ouverture vers une dimension infinie car, de même qu’un homme se montre tel qu’il est vraiment dans sa maison, ainsi D.ieu Se révèlera sans restriction dans ce monde. C’est cette dimension qui apparaîtra aux temps messianiques. Dans ce contexte, nos Sages font référence à Machia’h (le Messie) comme à « celui qui brise – Haporètz… »(Les barrières). Il aura pour tâche de briser les limites du monde et de révéler comme il est, en fait, la demeure de D.ieu.

Là encore, on observe un lien particulier avec la France. Les lettres qui forment son nom en hébreu, « Tsarfat », constituent aussi, dans un ordre différent, le mot « Paratsta ». Ce mot renvoie au verset « Ouparatsta – Tu t’étendras avec force vers l’ouest, vers l’est, vers le nord et vers le sud ». La France accomplit ce verset, diffusant les sources de la ‘Hassidout dans toutes les directions et préparant ainsi le monde à l’avènement de la Délivrance. De manière significative, on relève aussi que le mot « Tsarfat » équivaut numériquement, en hébreu, à 770, l’adresse du centre de diffusion de la ‘Hassidout établi par le Rabbi (Précédent).

D’après des enseignements du Rabbi de Loubavitch,

Chabbat Parchat Vayichla’h et Chabbat Parchat Vayéchèv,

16 et 23 Kislev 5752 – 23 et 30 novembre 1991

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