Publié le 14 Avr 2013

Une pensée pour les soldats israéliens portés disparus et dont le sort reste inconnu

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Le Talmud dit qu’au bout d’une année, une personne qui a perdu un être cher est consolée. Ce ne fut pas le cas de Jacob, qui, comme le raconte la Bible, fut inconsolable pendant les 22 ans qui suivirent la disparition de Joseph, parce qu’il ne pouvait savoir avec certitude s’il était vivant ou mort.

 

C’est cette situation à laquelle sont confrontées les familles israéliennes dont les proches ont été capturés par des milices arabes et dont le sort demeure incertain.

Depuis l’Indépendance de l’Etat d’Israël en 1948, 420 soldats ont été portés disparus. Chaque année se tient une cérémonie marquant leur souvenir au cimetière militaire du Mont Herzl, à Jérusalem. Cette cérémonie a lieu le 7 adar, date de la disparition de Moïse dont le lieu de sépulture est aussi inconnu.

A l’heure actuelle, quatre de ces soldats sont considérés comme ” disparus mais présumés vivants “. Tsahal suit en ce sens la Loi Juive qui considère que tant qu’on ne détient pas de preuve évidente du décès d’une personne, celle-ci est tenue pour vivante.

Au fil des années, on a eu, régulièrement, des informations qui laissaient entendre que certains de ces soldats étaient encore en vie et détenus sous contrôle syrien ou iranien. Mais malgré les efforts militaires et diplomatiques des différents gouvernements israéliens successifs, on n’a presque pas progressé dans la connaissance de leur sort.

Il n’y a aucun moyen d’en savoir plus sur leur situation : qui les détient, où et dans quelles conditions. Aucun représentant d’ONG n’a pu les approcher, et leurs ravisseurs ne les autorisent à envoyer aucun message à leurs familles (ni celles-ci à leur en faire parvenir).

Et pendant ce temps, les familles s’interrogent : est-ce que leur proche a été blessé ? A-t-il reçu les soins nécessaires ? Quelles sont les conditions de sa détention ? Est-il soumis à l’interrogatoire et à la torture ?

Penina Feldman, la mère de l’un de ces soldats portés disparus, raconte : ” J’ai pleuré, le jour de Yom Hazikaron (Jour du Souvenir pour tous les soldats tombés au combat et pour les victimes du terrorisme). Je n’ai même pas ma place, dans ce jour-là. Je n’ai rien. Je reste assise et je pleure. Je n’ai pas de tombe devant laquelle pleurer. Je veux que le peuple juif n’oublie pas ces garçons. Ces derniers temps, beaucoup de mères pleurent leurs enfants. Pour nous, ne pas savoir est la pire chose qui soit. ”

Le rachat des prisonniers est un commandement qui est lié à celui de sauver la vie d’une personne en danger. Ce commandement occupe une place importante dans la Loi juive. Même s’il n’existe qu’une chance infime de retrouver la personne en vie, la Loi juive nous oblige à chercher sans cesse, jusqu’à ce qu’on la retrouve, morte ou vivante. ” Ne jamais laisser de soldat en arrière “, telle est la devise de l’armée israélienne.

Même s’il n’y a aucune chance de survie, la Loi juive nous oblige à persévérer afin de retrouver le corps de la personne disparue, en vue de son identification et de son enterrement.

Et effectivement, la recherche ne finit jamais. En 2001, après qu’un plongeur amateur ait découvert les restes d’un avion de l’armée qui s’était écrasé en 1953, Tsahal retrouva les corps des deux pilotes. Après 48 ans, ils eurent droit à un enterrement digne de ce nom.

UNE ATTENTE INTERMINABLE

Pour les familles des soldats disparus, la douleur et l’obscurité dans laquelle ils sont plongés est indicible. Tant que les corps de leurs soldats ne leur seront pas rendus, ils ne trouveront ni réconfort, ni repos. La Loi juive maintient qu’ils ne peuvent dire le Kaddich ni prendre le deuil.

Yossef Fink et Rahamim Alsheikh furent capturés par le Hezbollah en 1986, alors qu’ils servaient au Liban. Pendant cinq ans, leurs familles crurent qu’ils étaient en vie, jusqu’à ce que Tsahal leur fasse savoir en 1991 que de nouveaux renseignements faisaient état de leur mort. Ce ne fut que cinq ans plus tard que leurs corps furent retournés à leurs familles, dans le cadre d’un accord libérant des prisonniers du Hezbollah.

” Quand on nous a annoncé que les garçons étaient morts, nous avons eu des sentiments mitigés “, a confié Hadassah Fink, la mère de Yossef, au quotidien Haaretz. ” D’un côté, nous étions soulagés car cela mettait un terme au mystère qui planait, et que nous savions que les garçons ne souffriraient plus -tout le temps où nous espérions qu’ils étaient en vie, nous nous inquiétions des conditions de leur détention. D’un autre côté, il était difficile de mettre un point final à tous nos espoirs.

” Mon mari et moi-même avons eu des réactions très différentes à cette annonce. Lui accepta immédiatement la nouvelle et commença à faire le deuil de son fils. Mais moi, je refusai d’accepter ce qu’on me disait sans preuve. Je voulais qu’on me donne une preuve que cela était définitif… Je me suis imposée cinq années supplémentaires dans l’illusion qu’il était peut-être vivant, qu’il pourrait apparaître soudainement. Je n’ai commencé à faire mon deuil qu’en 1996, quand les corps nous furent rendus.

” Le fait qu’il n’y ait aucun signe, et pas de corps, rend très difficile l’acceptation de la disparition. ”

Hadassah Fink avait déjà vécu ce genre d’incertitude. Son père avait disparu à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et son corps n’avait jamais été retrouvé, précise Yaïr Sheleg d’Haaretz. ” L’incertitude rend fou “, dit-elle. ” Le plus difficile, quand il n’y a pas de sépulture, c’est que cela reste intangible. Même si l’on a la certitude qu’il n’y a aucune chance pour que la personne soit encore en vie, le fait qu’il n’y ait aucun signe, et pas de corps, rend très difficile l’acceptation de la disparition “.

En Octobre 2001, trois soldats israéliens, Adi Avitan, Benny Avraham et Omar Souad, sont tombés dans une embuscade et ont été capturés par le Hezbollah. Les terroristes du Hezbollah les ont piégés en se déguisant en Casques Bleus. (Il s’est avéré que l’ONU détenait un enregistrement vidéo de l’enlèvement mais refusait de le confier à Israël.)

Pendant cette terrible attente, Yaakov Avitan, le père de Adi, confia au Jerusalem Post : ” Je ne peux pas hurler, alors j’hurle sur le papier, en écrivant son nom chaque jour où il n’est pas là. ” Il a gardé un agenda, pour y inscrire le nom de son fils, comptant chaque jour depuis sa disparition.

Après 12 mois d’agonie pour les familles et de travail intensif pour les services de défense et de renseignement, Tsahal déclara les trois soldats morts et leur lieu de sépulture, inconnu. A ces nouvelles, les familles commencèrent la Shiva, le deuil traditionnel juif.

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” Il est très difficile de mesurer le succès de notre action “, dit Brigitte Silverberg, qui agit pour les soldats portés disparus. Après que les corps de deux soldats furent rendus à Israël pour être enterrés, quelqu’un lui a même souhaité Mazal Tov (Félicitations).

” Mazal Tov ! Mais je vais à un enterrement ! Néanmoins, il est vrai qu’il ne faut pas sous-estimer la signification du retour de ces corps de soldats disparus, même si cela se déroule dans des circonstances aussi tragiques. ”

LES CINQ SOLDATS PORTES DISPARUS ENCORE A CE JOUR

Voici les histoires des cinq soldats ” portés disparus mais présumés vivants “.

Zacharie Baumel, Tzvi Feldman et Yéhouda Katz

Le 11 juin 1982, des soldats israéliens se trouvèrent pris sous un feu nourri dans une bataille qui se déroulait dans un champ, près du village libanais de Sultan Yakoub. Soldats religieux se battant pour leur vie, ils se déplaçaient de rocher en rocher, en récitant des psaumes. Leur position était coordonnée par radio, avec le système de numérologie hébraïque (Guématria) pour code.

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Au moins cinq soldats furent capturés, et quelques
heures plus tard, des journalistes de Time Magazine, Associated Press, et autres rapportèrent que des soldats et des tanks israéliens avaient été publiquement exhibés au cours d’une parade dans les rues de Damas.

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Quelques années après, deux des soldats capturés furent rendus à Israël dans le cadre d’un échange de prisonniers, mais trois soldats, Zacharie Baumel, Tzvi Feldman et Yéhouda Katz, étaient toujours portés disparus. Baumel est un citoyen américain ; Katz et Feldman sont les enfants de rescapés de la Shoah.

Au fil des années sont parvenues des informations laissant à penser qu’ils étaient détenus sous contrôle syrien et pourraient être encore en vie. Riffat el-Assad, l’oncle du Président syrien Bashar el-Assad et Mustapha Tlass, le Ministre de la Défense syrien, ont tout les deux dit que la Syrie détenait des prisonniers israéliens. Encore en l’an 2000, Ibrahim Suliman, un syro-américain, proche ami de feu le Président Hafez el-Assad, déclarait que Zacharie Baumel était toujours en vie.

” Yasser Arafat, en 1993, avait remis un morceau de l’insigne militaire (en forme de chien) de leur fils à un délégué Israélien à Tunis. ”

Les parents de Baumel, Yona et Myriam Baumel, sont un couple d’américains âgés. Ils ont fait leur Aliyah en 1970, alors que Zacharie avait 9 ans. En 1994, ils menèrent une grève de la faim devant le bureau du Premier Ministre à Jérusalem, insistant sur le fait que la réponse sur le sort de leur fils était entre les mains de Yasser Arafat qui, en 1993, avait remis un morceau de l’insigne militaire (représentant un chien) de leur fils à un délégué Israélien à Tunis. D’où Arafat avait-il obtenu cet insigne ? Pourquoi avait-il nié qu’il était en sa possession pendant toutes ces années ? Que sait-il d’autres sur les soldats portés disparus ?

Sarah Katz, la mère de Yéhouda Katz, avoue : ” Je n’ai pas abandonné l’espoir de voir mon fils, et j’espère qu’il y aura un dénouement positif. Même si tant d’années ont passé, nous croyons que notre fils est caché quelque part, même s’il ne peut nous le faire savoir. Je le sens chaque jour, et je ne l’oublie pas – et c’est le meilleur signe qu’il est encore en vie. ”

Ron Arad

Le 16 octobre 1986, Le pilote israélien Ron Arad ainsi qu’un autre pilote sautèrent en parachute alors que leur F4 Phamtom de combat se crashait au-dessus du territoire libanais sous contrôle syrien. Le deuxième pilote fut ramené en Israël au cours d’une spectaculaire opération de sauvetage par hélicoptère sous le feu ennemi, alors que Ron Arad était capturé par Amal, une milice chiite dirigée par Nabih Berri qui devait devenir le porte-parole du gouvernement libanais quelques années plus tard.

Un an après, deux photos et trois lettres -écrites de la main de Ron Arad- arrivèrent. ” Essayez de faire pour moi tout ce qui est en votre pouvoir “, écrit-il à sa famille. ” Je ne sais pas, mais, s’il vous plait, dites quelque chose à nos dirigeants, au gouvernement, à tous ceux qui peuvent faire quelque chose pour me sortir de là… ”

Arad était détenu à la connaissance et avec l’approbation de la Syrie. Les négociations pour sa libération furent interrompues après qu’il ait été ” vendu ” aux milices libanaises pro-iraniennes. La convention de Genève de 1949 (Section 2, Articles 11&12) tient la Syrie pour responsable de son sort.

La fille de Ron Arad, Youval, qui était un bébé au moment de sa capture a maintenant 17 ans.

Gay Hever

Le 17 août 1997, le soldat Gay Hever était vu pour la dernière fois sur sa base du Sud du Golan. Toute la zone fut passée au peigne fin, mais on n’a trouvé aucune trace de lui. Aujourd’hui, six ans après, il n’y a toujours aucun indice de ce qui a pu lui arriver.

Sa mère, Rina Hever, ne pourra trouver le repos tant qu’elle ne saura pas ce qui s’est passé. Elle s’est confiée à Haaretz : ” En tant que mère, je rêve encore et espère que Gay ouvre soudainement la porte et rentre à la maison. J’ai le sentiment profond qu’il pourrait être détenu quelque part par des éléments hostiles, attendant que nous venions à sa rescousse “.

ESPOIRS

Le problème des soldats disparus tient une place importante en Israël, où quasiment chaque famille a un proche qui sert sous les drapeaux. C’est un sujet qui continue à faire les gros titres dans la presse, et les écoliers connaissent les noms et les histoires de chacun d’entre eux.

La question des soldats portés disparus est une des plus consensuelles dans la société israélienne. En 1999, un sondage Gallup montrait qu’une grande majorité d’israéliens posait comme préalable à toute signature d’un traité de paix avec la Syrie la remise par celle-ci de toutes les informations concernant ces soldats.

Cependant, on avait la sensation qu’on ne faisait pas assez pour ces soldats. C’est ainsi qu’en 1994, Danny Eisen, un américain qui avait émigré en Israël, créait la Coalition Internationale pour les Soldats Portés Disparus (ICMIS), une organisation qui travaille sans relâche en faveur des soldats et de leurs familles (www.mia.org.il).

” Quand les négociateurs d’Oslo se rencontrèrent pour la première fois en 1993, une des pierres angulaires de leurs revendications était la libération de milliers de palestiniens détenus dans les geôles israéliennes “, dit Eisen. ” Ce que nous avons eu en retour, c’est la moitié de l’insigne de Baumel. Il était évident qu’il était nécessaire d’en faire plus de notre côté. ”

Nombreux sont ceux qui s’interrogent s’il est raisonnable de penser que les soldats disparus sont encore en vie après toutes ces années. Et si c’était le cas, pourquoi les arabes ne les auraient pas utilisés comme levier dans les négociations ?

” On raconte que le Président Hafez el-Assad aurait dit qu’ ” aime l’idée de se lever le matin en détenant quelque chose que les israéliens désirent “. ”

Eisen explique que les bandits et les dictateurs sont motivés par le besoin de contrôler, de détenir le pouvoir ; en assassinant ou en relâchant un prisonnier, ils perdent le contrôle. On raconte que le Président Hafez el-Assad aurait dit qu’ ” aime l’idée de se lever le matin en détenant quelque chose que les israéliens désirent “. On a déjà vu des otages détenus pendant des décennies ; l’an dernier, la Corée du Nord a ainsi libéré des prisonniers qui étaient détenus depuis 40 ans (et d’autres sont encore en prison).

” Les êtres humains savent mieux faire face à la mort qu’à l’inconnu “, rappelle Eisen. ” Nos ennemis le savent et exploitent cela “.

ICMIS a pris ce combat en mains, et en 1999, le président américain Bill Clinton signait à la Chambre des Représentant une loi, l’amendement #1175, appelant à la libération de Zacharie Baumel et des autres soldats disparus.

Cependant, il faut plus que des déclarations politiques ou des propositions de médiation d’organismes internationaux. Chaque personne qui se sent concernée doit personnellement exiger des terroristes (et des gouvernements qui les soutiennent) de donner des informations sur ces captifs.

Dans cette intention, ICMIS a mis en ligne une pétition qui devra réunir un million de signataires qui apporteront leur soutien aux soldats disparus (www.mia.org.il, le site est en plusieurs langues, dont le français.

Tant que la question ne sera pas réglée, l’agonie se poursuivra. ” Nous ne pouvons oublier “, dit Penina Feldman, la mère de Tzvi. ” Une fois, j’ai rêvé de Rachel, la matriarche. Je lui disais : Mon destin est ton destin. (Le fils de Rachel, Joseph, avait disparu pendant 22 ans.) Quand je me suis réveillée, j’ai vu que nous étions le jour anniversaire de sa mort. Nous sommes allés sur sa tombe et y avons allumé une bougie. ”

Sources talmudiques et rabbiniques :

Maïmonide, Dons aux pauvres, 8, 10-11

Choul’han Aroukh :Yoré Déah, 252,1 ; Even Haézer 17,5 avec Beth Yossef Ora’h ‘Haïm 229,3

Yalkout Chimoni : Yirmiyahou 293

Kol Bo 82

Chvout Yaacov 1, 102

‘Hatam Sofer2 Yoré Déah 341

L’auteur remercie Rosally Saltsman pour la documentation.

Rabbin Shraga Simmons – Traduction de Sarah Weizman

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