Publié le 17 Avr 2013

Le conseil de l’Europe appelle la Grèce à bannir l’extrême droite

Par Samuel Guedj

 

Mardi, le conseil de l’Europe a appelé Athènes, à prendre d’urgence des mesures face à « l’impunité » des crimes racistes en Grèce et à interdire « si nécessaire » le parti néonazi Aube Dorée, une proposition accueillie avec scepticisme par les autorités grecques.

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« Il y a besoin d’actions urgentes » face à l’augmentation des crimes racistes et à la recrudescence de discours de haine en Grèce qui « visent en premier lieu les migrants et représentent une menace sérieuse pour l’Etat de droit et la démocratie » selon ce rapport du commissaire aux droits de l’Homme du conseil de l’Europe, Nils Muiznieks.

Il estime qu’en Grèce, les lois antiracismes nationales et internationales ont été utilisées de manière « inadéquate, soit, pas du tout » pour sanctionner les individus ou organisations incitant à la haine.

Pour M. Muiznieks, Athènes doit imposer des « sanctions dissuasives » à ceux qui font l’apologie, ou sont impliqués dans de tels crimes.

« Cela vaut aussi pour des organisations politiques, y compris le parti néonazi Aube Dorée, contre lequel il devrait être possible de prononcer des sanctions efficaces ou une interdiction, si nécessaire » ajoute-t-il.

Une proposition accueillie avec scepticisme par Athènes qui estime, répondant au rapport, que l’attitude à adopter face à Aube Dorée est « complexe ». Réagir au problème par des « réponses émotionnelles pourrait avoir l’effet inverse ou apporter davantage de résultats indésirables », souligne le gouvernement grec.

Athènes ajoute que le succès électoral remporté par l’organisation extrémiste, entrée pour la première fois au parlement grec lors des législatives en 2012 avec 7% des voix, est l’expression d’une « déception populaire » dans un contexte de récession économique et que le racisme reste un « phénomène marginal ».

Tout en reconnaissant quelques avancées dans la lutte contre les violences racistes, le commissaire Muiznieks regrette que le monde politique grec ait « largement recours à une rhétorique stigmatisant les immigrés, et que des mesures de contrôle de l’immigration aient conduit à encore plus de stigmatisation des migrants ».

Quand un ministre parle « d’invasion » ou de « bombe » à propos de l’arrivée de centaines de milliers de clandestins, « cela ne devrait pas être considéré comme une dramatisation de la réalité du pays » répond Athènes. De même, lorsque le Premier ministre, Antonis Samaras, a parlé de « reprendre » les centres-villes aux immigrés clandestins, il ne faisait « simplement » qu’affirmer « la volonté d’y faire respecter l’Etat de droit » se défend le gouvernement grec.

Athènes dit néanmoins partager l’inquiétude du commissaire aux droits de l’Homme quant à la récente augmentation des attaques racistes, et assure que les propositions du rapport seront attentivement examinées par les autorités compétentes.

Pour M. Muiznieks, les autorités grecques doivent encore redoubler d’efforts pour « combattre par tous les moyens disponibles toutes formes de discours de haine et de crimes de haine, et mettre un terme à l’impunité pour ces crimes ».

Le commissaire dénonce des lacunes, des vides juridiques et des pratiques qui nuisent à l’accueil des migrants en Grèce comme les mauvais traitements infligés par les représentants de l’ordre, l’insuffisance des capacités d’accueil pour les demandeurs d’asile ou la détention systématique et prolongée des personnes en situation irrégulière.

Des membres d’Aube Dorée, dont des députés du parti, ont été impliqués dans 17 incidents violents perpétrés à l’encontre de migrants entre juin et octobre 2012, révèle le rapport.

Selon le document, de nombreuses attaques recensées sont le fait de groupes de motards habillés de noirs au visage masqué, ou de jeunes.

Huit étudiants dont sept mineurs ont, par exemple, attaqué une boutique et sérieusement blessé son propriétaire pakistanais en criant des slogans racistes en janvier dernier dans la ville de Larissa (Thessalie), note encore le rapport.

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