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Publié le 2 Avr 2013

La face cachée de la tragédie d’Entebbe : les victimes oubliées

Par Samuel Guedj

 

Le 27 juin 1976, lors de son escale à Athènes, le vol Air France Tel-Aviv-Paris est détourné par quatre pirates de l’air, deux Allemands des Cellules révolutionnaires et deux Palestiniens du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine). Direction : l’aéroport d’Entebbe, en Ouganda, Etat dirigé par le dictateur Amin Dada. Leur objectif : l’échange contre quarante-sept Palestiniens détenus en Israël ou en Europe, et six terroristes emprisonnés outre-Rhin. Après plusieurs tentatives de médiations diplomatiques, Israël envoie sur place une centaine de soldats d’élite pour libérer ses ressortissants. Une des plus éclatantes victoires d’Israël contre le terrorisme.

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Moins d’un an après l’opération, deux films à haut-budget et un téléfilm sont produits avec des stars comme Elizabeth Taylor, Charles Bronson, Peter Finch, Anthony Hopkins et un fringant Richard Dreyfuss en Yoni Netanyahu. Tous ces films glorifient l’héroïsme des soldats et en particulier, Netanyahu.

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Le documentaire d’Arté, ce soir à 23h45, n’échappera pas à cette règle. Cependant, depuis plus de 35 ans, pour trois familles israéliennes, les événements d’Entebbe ne sont pas à la gloire de l’unité nationale et vivent encore cet événement de l’Histoire comme une profonde tragédie personnelle, Jean-Jacques Mimouni, Pasco Cohen, Ida Borochovitch, des membres de leur famille, sont morts aussi, à Entebbe.

Dans un récent documentaire diffusé à la télévision israélienne, « vivre et mourir à Entebbe », le cinéaste Boers Eyal raconte l’histoire d’autres victimes d’Entebbe et tente d’expliquer pourquoi ils sont les oubliés de l’Histoire.

Il s’est surtout intéressé au jeune Jean-Jacques Mimouni, âgé de 19 ans au moment des événements, pendant les sept jours suivant le détournement, les raisons de sa mort pendant le raid, et pourquoi sa famille n’a jamais dit la vérité sur sa mort.

« Le mythe d’Entebbe est un parfait concentré d’intelligence, d’audace, d’abnégation, son dévouement à la valeur de la vie et de la loyauté » dit Boers Eyal, mais ce mélange de fierté légitime d’un récit national glorieux n’a laissé aucune place pour ceux dont la mort a été moins glorieuse. « Toutes les nations ont besoin de mythes. Et, quand elles bâtissent leurs mythes, elles omettent souvent les pages sombres ou tristes ».

Boers, qui avait dirigé le documentaire « Camarades de classe d’Anne Frank », s’est intéressé, par hasard, juste après, à l’histoire d’Entebbe. Lui et Yonatan Khayat, un tunisien-franco-israélien qui vit maintenant à Montréal, sont amis depuis leur rencontre dans un collège à Tel-Aviv. Khayat lui avait mentionné une fois que son oncle, Jean-Jacques Mimouni, était décédé à Entebbe. « J’ai été surpris, parce que je ne savais pas qu’en dehors de Netanyahu quelqu’un d’autre était mort, puis il m’a dit que sa famille n’avait jamais su comment il était mort », a rappelé Boers. Ensemble, pendant quatre ans, Khayat et Boers ont enquêté pour trouver les réponses aux questions qui ont hanté Khayat et sa famille pendant des décennies.

De Paris, la famille de Mimouni était venue vivre en Israël, seulement quatre ans avant le détournement d’Entebbe. Le père de Jean-Jacques, Robert, était un fervent sioniste qui avait servi dans la résistance française pendant la seconde guerre mondiale, puis dans la police française. Une des sœurs aînées de Jean-Jacques, la mère de Khayat, était restée à Paris lorsque la famille avait immigré. Jean-Jacques Mimouni effectuait le vol Air France pour Paris afin de voir son neveu, Yonatan Khayat, pour la première fois.

Ce 27 juin 1976, ainsi que 227 autres passagers, Jean-Jacques Mimouni monte à bord du vol Air France 139 de l’aéroport Ben Gourion à destination de l’aéroport de Charles De Gaulle, avec une escale en Grèce. Après avoir décollé d’Athènes, l’avion est détourné par quatre terroristes palestiniens et un allemand. Après l’atterrissage à Benghazi pour faire le plein, ils dirigent l’avion vers l’aéroport d’Entebbe, en Ouganda, Etat dirigé par le dictateur Amin Dada. Leur objectif est de les échanger contre quarante-sept Palestiniens détenus en Israël ou en Europe, et six terroristes emprisonnés outre-Rhin. Après plusieurs tentatives de médiations diplomatiques, Israël envoie sur place une centaine de soldats d’élite pour libérer ses ressortissants.

Dans un premier temps, les terroristes libèrent l’équipage français et les passagers non juifs, tout en conservant les 105 otages juifs et israéliens.

En Israël, les familles des otages ne trouvent plus le sommeil et vivent l’horreur pendant plus d’une semaine. Dans les premières heures du 4 juillet, le père de Jean-Jacques, Robert, entend parler de la réussite de l’opération à la radio, il réveille toute sa famille, et tous ensemble, ils se précipitent à l’aéroport Ben Gourion pour le retour victorieux des otages et des soldats.

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À ce moment précis, une jeep militaire est en route vers la maison des Mimouni, pour informer la famille de la mort de leur fils. Apparemment, ils se croisent et la famille Mimouni arrive à l’aéroport.  Dans l’euphorie régnante, la famille Mimouni est prise de côté par les responsables militaires.

Ils leur déclarent que leur fils est mort d’une crise d’asthme. Robert Mimouni insiste pour voir le corps de son fils entreposé dans une pièce à l’aéroport.

Le corps est perforé d’impacts de balles, et personne ne leur donne la moindre explication. Robert Mimouni exige de connaître la vérité, mais la famille est rapidement emmenée par des responsables gouvernementaux.

Au cours des années qui suivront, Robert Mimouni tentera de reconstituer l’histoire, sans succès, essayant de rencontrer les soldats ou des témoins. Les membres de la famille rappellent qu’il a même essayé de faire des croquis de ce qui aurait pu arriver, basés sur ses propres connaissances comme combattant de la résistance et de policier. Mais le gouvernement et l’armée ont toujours fait obstructions à toutes ses requêtes, selon Boers. Robert Momouni décède en 2011.

Les familles Cohen, Borochovitch et Bloch avaient été ensemble à Entebbe, donc ils savaient comment leurs proches étaient morts pendant le raid : par des balles israéliennes perdues et dans le cas de Dora Bloch, assassinée à l’hôpital. Mais aucun d’eux n’avait jamais parlé publiquement des événements. Et tous les 10 ans, ces familles ainsi que tous les autres otages et leurs proches, étaient invités à une cérémonie nationale pour célébrer la victoire à Entebbe. « C’était le moment le plus glorieux d’Israël » a déclaré Boers. « Les célébrations sont filmées à la télévision. Et avec une insensibilité presque incroyable, les familles des morts sont invitées, aussi, pour se joindre aux célébrations et oublier leurs pertes ».

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La famille de Borochovitch quitta Israël plusieurs années après le raid, Boers a été incapable de les suivre. Mais une des cinq sœurs de Jean- Jacques Mimouni a accepté de participer au documentaire. Et avec Khayat, Boers a interviewé d’autres otages, y compris les membres de la famille de Pasco Cohen.

Réticente au début, la famille Cohen a finalement accepté de rencontrer la mère de Jean-Jacques, maintenant très âgée et lui raconter ce dont elle se souvenait. La veuve de Pasco Cohen, maintenant une femme d’âge moyen, a raconté que Jean-Jacques avait tenté de leur parler et au moins une fois, a été roué de coups avec une crosse de fusil. Elle se souvient aussi qu’il essayait d’aider les gens, distribuant de l’eau, leur offrant un soutien et un mot gentil quand il le pouvait.

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Mimouni détenait la nationalité française, et lorsque, le premier jour de l’enlèvement, les terroristes séparèrent les Israéliens des autres passagers, il aurait pu sauver sa vie. Mais il insista pour rester avec les Israéliens. « J’ai titré le film « Vivre et mourir à Entebbé » explique Boers, « parce que Mimouni semble avoir découvert son identité, sa vie, comme un Juif et un Israélien à Entebbe. Pour lui, cette semaine fut un temps d’appartenance. »

Selon le documentaire, il aurait été apparemment tué n’ayant pas eu le temps de se coucher lorsque les commandos israéliens ont reçu l’autorisation d’ouvrir le feu. Les commandos avaient pour ordre de tirer sur toute personne debout, de se protéger et de protéger les otages. Dans le film, Amir Ofer, l’un des premiers soldats israéliens qui fait irruption dans le terminal et seul interviewé face à la caméra, dit : « J’ai su qu’on avait trop tiré sur lui ».

Lors de sa rencontre avec la mère de Mimouni et de Khayat, Kobi Cohen, encore jeune enfant lorsque son père avait été pris en otage et tué, a déclaré qu’il avait fait la paix avec cette histoire : « Ma famille a souffert, mais la mission a eu raison. Par ailleurs, plus de personnes seraient mortes » Khayat hoche la tête en signe d’accord, mais ne peut pas accepter que le gouvernement israélien ou l’armée n’aient pas révélé la vérité à la famille de Mimouni : « Robert Mimouni était fort » m’a dit Boers. « Si l’Etat avait reconnu seulement la vérité, il aurait compris. Mais Israël ne lui a jamais donné une réponse et ne lui a jamais donné une quelconque légitimité pour pleurer. Il est mort en homme brisé ».

Dans une perspective historique, Boers souligne qu’Israël avait désespérément besoin d’un mythe héroïque. « Nous avions besoin d’Entebbe pour surmonter le traumatisme de la guerre de Yom Kippour. Et il n’y avait pas de place pour les histoires de tirs ou de dommages col latéraux », ajoutant : « Et il était plus facile à l’époque pour les fonctionnaires de mentir, ou du moins, de ne pas donner toute information au public, le public faisait confiance à ses fonctionnaires ».

Boers a fait des recherches approfondies pour le film, qui regorge et révèle des détails fascinants, y compris des informations sur le rôle du gouvernement kenyan permettant aux avions israéliens de faire le plein. Son entretien avec Amos Eran, alors directeur-général des bureaux du Premier ministre Yitzhak Rabin révèle que Rabin avait des doutes profonds sur la mission. S’attendant à des pertes sévères, Rabin s’était mis une limite : si plus de 25 otages mourraient, il démissionnerait. Moins de 25 morts seraient considérés comme un succès. « Quand trois seulement ont été tués dans le raid, ce fut une cause d’extase nationale » a déclaré Boers.

Eyal Boers tient à préciser « Je suis né à Jérusalem. J’ai passé mon adolescence en Australie. Je ne devais pas retourner en Israël pour servir dans l’armée israélienne, mais je l’ai fait, en partie parce que j’ai aussi été inspiré par le récit de Yonatan Netanyahu ».

« Entebbe était une glorieuse mission. Mais elle n’aurait pas été moins glorieuse si la famille de Jean-Jacques Mimouni avait su la vérité, ou si l’on s’était souvenu des morts avec les héros. J’espère que maintenant, Israël est suffisamment mature pour tempérer le mythe avec honnêteté ».

Alors, peut-être, l’aspect le plus important de « Vivre et mourir à Entebbe » est qu’il ait pu, surtout, perpétuer la mémoire de ces victimes oubliées.

 

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