Publié le 13 Avr 2013

Haym Salomon (1740 – 1785) – Le financier de la Révolution américaine

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SALOMONEn 1975, au sein d’une série de timbres consacrée aux héros de la Révolution Américaine qui dura sept ans et au terme de laquelle l’Amérique gagna son indépendance, on y trouve celui d’un certain Haym Salomon au verso duquel on peut lire : “Héros financier, homme d’affaires et courtier, fut responsable de la récolte de la majorité de l’argent nécessaire à la révolution américaine et plus tard pour sauver la nouvelle nation de la ruine”.  

Lorsqu’en 1772, Haym Salomon débarque de sa Pologne natale en Amérique, un vent de révolte souffle déjà sur les colonies américaines des Etats du Nord soumises au Roi Georges III d’Angleterre. Face à l’exploitation et à l’oppression fiscale dont ils sont l’objet, la colère des colons ira croissante. En 1776, la signature d’une déclaration d’indépendance au congrès de Philadelphie, considérée capitale des rebelles par les Anglais, sonne la rupture. C’est le début de la révolution américaine. 

Au cours de cette guerre,  Haym Salomon, fils de rabbin polonais, génie de la finance, homme d’affaire prospère à New York épouse Rachel Francks, issue d’une dynastie juive influente dont le frère Isaac est colonel et aide de camp du futur premier président américain, le général Georges Washington. Comme de nombreux autres Juifs, Salomon s’identifie à cette lutte pour la liberté et participe à la résistance au sein d’un groupe révolutionnaire. Arrêté deux fois, sa fortune est confisquée. Il est torturé et condamné comme espion à la pendaison. Il parvient cependant à s’échapper.

En 1778, Salomon se réfugie à Philadelphie au moment où le congrès continental essaie désespérément de rassembler des fonds pour financer la guerre. En vain. En 1781, le gouvernement révolutionnaire est au bord de la faillite. Sur le terrain, face au camp britannique entraîné et puissant, l’armée coloniale, loqueteuse et affamée, entame sous les ordres de Washington la bataille stratégique de Yorktown.

Pour la financer, le congrès nomme un superintendant au trésor : Robert Morris. Celui-ci fonde la ”Bank of North America” et appelle plusieurs financiers à y souscrire.

Très vite, c’est en Haym Salomon que Morris va trouver son plus ingénieux partenaire. De pauvre fugitif, Salomon est en effet rapidement devenu le courtier et banquier d’affaires le plus puissant de Philadelphie. Morris requiert son aide. Dès lors, Salomon met ses remarquables talents de stratège financier au service de la révolution. De 1781 à 1784, il sera le plus gros dépositaire de la banque de Morris et son agent exclusif en tant que courtier officiel de la trésorerie.

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Le crédit du gouvernement sera en très grande partie maintenu grâce à lui jusqu’à la victoire. Menée efficacement par Salomon, une lutte souterraine va battre son plein dans le négoce de lettres de change entre les grandes maisons financières européennes et les marchés de commerce américains.

Salomon dépassera largement les attentes de Morris en utilisant les bénéfices personnels de ses transactions pour l’achat d’armes et de nourriture pour les troupes.

Journal des chefs révolutionnaires : “Quand l’argent était nécessaire pour la révolution, on se rendait chez Haym Salomon.”

Des généraux tel Washington, commandant en chef de l’armée continentale, dont on dit que Salomon fut l’ami personnel, et d’autres héros européens tels La Fayette ou Von Steuben s’adressent souvent à lui pour recevoir de l’aide matérielle.

Parlant couramment huit langues, il se rend en Europe où il négocie de gros emprunts. En France, il réussit à récolter la somme de 3.5 millions de livres des maisons Sassoon et Rothschild. Sa notoriété d’homme d’affaire intelligent et intègre fait le tour des puissances européennes. Il devient l’ami et le conseiller des diplomates et est nommé par la France trésorier des forces alliées françaises en Amérique.

Contrairement aux autres financiers il ne prendra jamais de commission et avancera au gouvernement révolutionnaire plus d’un demi million de dollars sans intérêt ni garantie. Cette somme, attestée par des documents qui brûlèrent  pendant la Guerre de Sécession, ne sera jamais rendue aux héritiers et est estimée à ce jour à plus de 16 millions de dollars. Il versera également de sa poche des sommes généreuses  pour prendre en charge les salaires des chefs patriotes, officiers et membres du congrès, tels les futurs présidents américains Thomas Jefferson et James Madison. Enfin, il aidera de manière conséquente la jeune nation, à surmonter la pénurie des lendemains de guerre.

Fidèle à sa foi, il sera membre actif et grand philanthrope de la communauté juive de Philadelphie. Il demandera au conseil de Pennsylvanie d’annuler le serment religieux chrétien nécessaire pour obtenir une fonction publique. Tout patriote héroïque qu’il fut, il fit face un jour à une calomnie antisémite à laquelle il répondit hardiment : ”Je suis juif, c’est ma nation…je ne désespère pas que nous obtenions tous les autres privilèges auxquels nous aspirons,  pour en jouir avec nos concitoyens”. 

La tuberculose qu’il a contractée en prison se développe : Il décède à 45 ans. Est-ce en raison de ses rachats de dettes du gouvernement ou d’un grand échec dans une affaire de commerce maritime, toujours est-il qu’il laisse sa femme et ses quatre enfants dans une grande pauvreté.

L’histoire retiendra le nom de Robert Morris en tant que financier de la révolution. Sans vouloir amoindrir le rôle de ce dernier, plusieurs historiens insistent pourtant sur le fait que sans l’énorme contribution de Salomon, Morris n’aurait jamais réussi sa mission. Sa  descendance, la communauté juive et de nombreux amis chrétiens, érigeront plusieurs monuments à sa mémoire.

Etrangement, les Etats Unis ne lui rendront hommage que très tardivement et de manière parcimonieuse. Durant la seconde guerre mondiale, son nom sera donné à un navire de guerre.

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Perla Amiel – © Le Monde Juif .info

© Photo : DR

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