Publié le 22 Mar 2013

Pâque : sortir de l’esclavage. Une expérience juive pour toute l’humanité

Par Hervé Rheby

 

Il est temps de redire à tous les humains, Juifs compris, que les hommes sont tous sortis d’Adam, puis de Noah et qu’il n’existe qu’une seule famille humaine !

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La sortie d’Egypte est avant tout la libération du peuple juif de son esclavage égyptien, Cependant, elle doit être comprise comme un modèle de libération de tout le genre humain.

Pour devenir et être un peuple, la descendance d’Abraham devra être esclave en Egypte. L’annonce de cet esclavage dans la Thora se fait alors qu’Avraham est gagné par une torpeur « tardemah » (Gen.15-12). Ce mot n’est utilisé que deux fois dans la Thora. La première, lorsque Dieu « endort » Adam pour lui extraire Hava « Dieu fit tomber une torpeur « tardemah » sur l’Homme » (Gen.2-21).

Il faut remarquer que la racine hébraïque RDM est composée des mêmes lettres inversées que le verbe latino-français « DoRMir » ou en anglais « DReaM ». Ce glissement naturel sémantique entre dormir-s’endormir et rêver, est fondamental.

Les grands projets, les utopies et les entreprises révolutionnaires naissent du rêve, comme le dit le psalmiste : « Lorsque Dieu revint avec les captifs de Sion, nous étions comme des rêveurs … » (Ps. 126-1).

Il en est ainsi de la « naissance » de la femme, rêvée par l’homme dans son assoupissement et non l’inverse (il faudra bien s’y faire).

Pour être un peuple libre, une nation se comportant selon la loi morale, il faut passer, au prix d’une expérience redoutable, majeure dans sa dimension humaine, l’épreuve de l’esclavage. Ce mot qui sonne comme un coup de fouet en français, est rendu par l’hébreu « avdout » de la racine AVD qui signifie d’abord « servir, être l’esclave de … », puis il prend le sens moderne de « travailler ». En hébreu, cette racine a donc gardé le lien antique entre esclavage et travail, qui n’apparaît plus dans les langues indo-européennes.

La liberté d’un peuple s’imagine donc en rêve avant d’être, et s’acquiert dans le rêve, lieu qui permet de faire comprendre à l’homme que la liberté ne va pas de soi. Elle n’est pas un dû inscrit dans la nature des choses (jusqu’à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen en 1789, devenue universelle en 1948)

A l’aube des temps, le meurtre de l’Autre était la règle, il régissait les conflits interhumains, où Caïn tuait Abel. 

L’humanité n’en finit pas de s’humaniser, c’est-à-dire de désamorcer les engrenages de la violence, de dénouer les spirales de la haine de l’homme pour son frère.

Lentement, l’Humanité s’est civilisée. Elle a inventé la violence contre les faibles et « la terre se remplit d’injustice », l’exploitation et le totalitarisme, le mépris de la personne humaine, comme l’expérience de Babel. A l’époque d’Abraham, la raison du plus fort s’imposait toujours.

L’esclavage n’est en fait que l’expression de la puissance des uns contre les autres. Ce modèle est celui qui prévaut dans tous les lieux de la planète ou perdure cette insulte au genre humain qu’est l’esclavage. Pour la Thora, l’esclavage est aussi une insulte et un outrage faits à Dieu lui-même qui déclare à Abraham : « et le peuple qui l’aura asservi, c’est Moi qui le jugerai » (Gen.15-14).

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Pourtant la sortie d’Égypte n’est pas une simple partie de plaisir. Elle n’a pas ralliée à elle tous les Hébreux. Selon Mekhlita, seul un cinquième des enfants d’Israël sortirent d’Egypte, choisissant volontairement la liberté, ce qui en dit long sur le degré de quasi anéantissement physique et moral de 80% des Hébreux en Egypte.

Le midrash nous dit qu’ils sont morts durant la plaie des ténèbres (tan’houma-Bechala’h), signifiant symboliquement qu’ils avaient perdu toute visibilité de judéité avant la décision du choix fatidique, et qu’ils s’étaient fondus dans le tissu social de l’Egypte.

Les effets de l’esclavage sont tels sur le psychisme que la volonté devient incertaine, la peur sert de raison et l’instinct animal de survie annihile toute velléité de rébellion. Le sacrifice de l’agneau en Egypte fut une réponse à ces trois phénomènes. Sacrifier l’agneau, c’est rompre avec la peur, assumer sa rébellion et affirmer servir Dieu et non d’autres hommes d’une nation plus évoluée et réputée plus forte. Pour cela la volonté ne suffit pas, comme il est écrit « Est-il (autre que) Dieu qui tenta d’extraire un peuple du sein d’un autre peuple » (Ex.4-34). Extirper l’esclavage est donc, semble t-il, une œuvre surhumaine.

L’esclavage est associé dans l’histoire à la sensation criminelle récurrente qu’il existe une sous-humanité et donc des races supérieures.

Fort répandue dans l’Antiquité, cette idée a connu son paroxysme de folie meurtrière avec la Shoah. Aujourd’hui encore avec les tensions internationales sur fond de civilisation ou de (pré) guerre de religion, il est temps de redire à tous les humains, Juifs compris, que les hommes sont tous sortis d’Adam, puis de Noah et qu’il n’existe qu’une seule famille humaine !

L’analyse du mot « esclave » composé de 3 lettres peut aussi se lire « Ayin BaDaleth »c’est-à-dire « œil de porte », un esclave est un être réduit à un œil inscrit, en-castré dans les murs qu’il a construit en Egypte. Il est solidaire de la structure qui l’emmure, qui l’enferme, qui l’em-porte. Il ne peut que subir les mouvements de la porte sans pouvoir s’arracher à la tyrannie de sa geôle, sans « pouvoir sortir de ses gonds » ( !)

Il est comme cet œil de bœuf, sans plus de prise sur le réel que ce regard bovin devenu proverbial.

La libération de l’esclave, c’est restituer cet œil dans son logement naturel, c’est-à-dire dans la tête qui l’a perdu.

Nos Maitres nous disent ainsi de lire « ‘ayin beresh-œil dans la tête –qui s’est libéré de l’esclavage, devenant « ever, ou ivri ; l’hébreu, le passeur de la Mer rouge, « le traverseur » du désert, le briseur des chaines d’aliénation.

Voila pourquoi, depuis plus de 3000 ans, les enfants d’Israël, les Juifs que nous sommes, n’en finissent pas de rappeler leur affranchissement, de rappeler au Monde que l’égalité des hommes est le minimum contractuel de la coexistence fraternelle. Précisément parce que la tache n’est jamais terminée, parce que l’esclavage existe encore, parce que l’exploitation de l’homme n’a jamais été aussi florissante, nous devons relire la Hagada de Pessah, et redire les événements qui y sont consignés.

Nous devons aussi par les commentaires, c’est-à-dire par l’actualisation du propos, élargir notre vision des choses.

Et, « tout celui qui rajoute à l’histoire d’Egypte-« hare ze meshouba’h- celui là, est digne d’éloge… ».

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