Publié le 14 Mar 2013

Lettre ouverte adressée aux médias par Alexandre Arcady concernant l’affaire Merah/France 3

Pourquoi les bourreaux fascinent davantage que les victimes ? Depuis « Portier de nuit », au cinéma, la fascination pour le bourreau est souvent au-devant de la scène tant à la télévision que sur le grand écran et en littérature. 

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Pour être en phase avec notre actualité, France 3, chaîne du service public, ce qui n’est pas accessoire, a décidé de programmer à la date anniversaire de la tuerie, un documentaire sur Mohamed Merah en interrogeant, entre autres, la famille proche du tueur de Toulouse et de Montauban. Les familles des victimes, encore accablées de douleur, s’insurgent avec raison et demandent au Président de France Télévisions de déprogrammer ce reportage.

Je ne connais pas le contenu de ce programme, mais j’entends la publicité qui lui est déjà faite pour créer l’évènement et je m’interroge sur cette fascination que provoquent les bourreaux dans les médias.

Sous le prétexte de vérité ne dissimule-t-on pas une sorte de voyeurisme détourné et d’autant plus répugnant ?

Je pense à cette phrase de Jean-Luc Godard : « La pire des barbaries, c’est de donner la parole aux bourreaux ».

La recherche de la « vérité » n’est pas une excuse face à la barbarie et par réflexe humaniste, on en viendra sans doute à tenter de comprendre comment des hommes sont devenus si monstrueux, on finira par leur trouver des circonstances atténuantes, voire de bonnes raisons…

Aller tuer à bout portant une petite fille ou un soldat désarmé, avec une caméra accrochée à son blouson, ne mérite aucun pardon. C’est simplement, le visage hideux de l’abjection.

Pourquoi fallait-il aller interroger la famille proche de cet assassin ?

Pour comprendre ? Pour apprendre ?

Mais quoi exactement ?

Pourquoi fallait-il que les médias diffusent en boucle les images de ce voyou aux multiples passeports, faisant des pirouettes en voiture ?

Pour nous dire qu’il est comme nous ? Qu’il nous ressemble ?

Non, je ne ressemble pas à Merah, ni à ses proches qui trouveront naturellement les mots pour excuser ses actions.

Je refuse qu’on puisse accorder une quelconque indulgence aux bourreaux, ceux d’hier, les nazis les plus abjects, comme ceux d’aujourd’hui : les fondamentalistes du 11 septembre, les bouchers du GIA, les meurtriers de Casablanca, de Madrid, ou de Londres.

Non, je ne ressemble pas à Fofana, ni à ces barbares, les tueurs d’Ilan Halimi.

Il faut que les journalistes, les auteurs et les cinéastes s’interrogent sur leur responsabilité.

Réaliser un reportage, écrire un livre ou faire un film sur les assassins met inévitablement en lumière les assassins au risque d’en faire des héros.

Ne voit-on pas, depuis le drame de Toulouse une multitude de jeunes revendiquer haut et fort le nom de Mohamed Merah ?

France 3, qui s’apprête – coïncidence – à financer un film sur le supplice d’Ilan Halimi, vu du côté de ses assassins, devrait s’interroger sur ses choix.

Humaniser les barbares, ceux qui veulent tout, tout de suite, face à Ilan Halimi, c’est choisir, quoi qu’on dise, la voie de la compréhension, de la compassion. Humaniser Merah face à Myriam Monsenego c’est vouloir charger la société de tous les maux et c’est le faire au mépris des victimes.

Quand l’immonde Merah a tué, il l’a fait de sang-froid, il a rattrapé des enfants qui fuyaient la mort et il a filmé leur exécution. Nous sommes là au-delà de l’atroce.

Quand les barbares humilient, torturent, mutilent, puis tuent Ilan Halimi au prétexte qu’étant un juif, il est riche ou que toute une communauté derrière lui va payer, cet assassinat, non plus, ne mérite aucune excuse, aucun pardon.

Il suffit. Je me fous des justifications, des enfances difficiles, de la méchanceté de la société et du fatras de la bien-pensance.

Merah comme Fofana, sont complices dans l’abominable. Ils sont faits de chair et d’os, ils ont un cœur, des mains, peut-être même un cerveau, mais ce n’est pas la société qui a levé leur bras, tenu leur main quand ils ont donné la mort.

J’ai plus à apprendre des faibles que des amis des assassins.

Je ne veux entendre que la douleur des victimes et de ceux qui leur survivent.

J’ai plus à apprendre et à m’enrichir de la force des parents de Myriam, de Mme Sandler, de la maman d’Ilan, de ce qu’ils ont subi et de ce qu’ils trouvent en eux, pour vivre encore. Ma compassion n’est pas extensible à l’infini, et je ne perds pas mes repères.

Quant à ceux qui construisent la légende des bourreaux au prétexte de roman, de film ou d’information, qu’ils s’arrangent avec leur conscience.

Alexandre Arcady

 

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