Publié le 21 Fév 2013

Olga Bancic – L’Affiche Rouge.

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L’affiche rouge est une affiche de propagande allemande placardée sur les murs de Paris condamnant à mort les 23 résistants communistes du réseau Manouchian.

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient La France en s’abattant

extrait de Louis Aragon, Le Roman Inachevé, Gallimard, 195

Sur l’affiche, cette phrase :

« Des libérateurs ? La Libération ! Par l’armée du crime »

Et les photos, les noms et les actions menées par dix résistants du groupe Manouchian :
l-affiche-rouge-drGrzywacz – Juif polonais, 2 attentats
Elek – Juif hongrois, 8 déraillements
Wasjbrot (Wajsbrot) – Juif polonais, 1 attentat, 3 déraillements
Witchitz – Juif polonais, 15 attentats
Fingerweig – Juif polonais, 3 attentats, 5 déraillements
Boczov – Juif hongrois, chef dérailleur, 20 attentats
Fontano – Communiste italien, 12 attentats
Alfonso – Espagnol rouge, 7 attentats
Rajman – Juif polonais, 13 attentats
Manouchian – Arménien, chef de bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés

 

Né en Turquie, Missak Manouchian perd son père lors du génocide arménien de 1915 et sa mère peu de temps après, par la famine qui s’ensuivit.

De cette enfance marquée à jamais par le génocide arménien, il se sentira proche et solidaire des Juifs dès les premières mesures antisémites imposées.

Il arrive en France en 1925. Ouvrier aux usines Citroën puis licencié en 1930 suite à la grande crise financière, il survit grâce de petits boulots mais surtout commence à écrire des poèmes et à s’intéresser à la littérature. Il fonde d’ailleurs avec un ami arménien deux revues dans lesquelles sont publiées de la littérature arménienne mais aussi française. Il traduit Baudelaire, Verlaine et Rimbaud en arménien.

Adhérant au parti communiste en 1934, il rejoint également le HOC (comite de soutien à l’Arménie qui subissait alors le blocus allié). Puis, avec la montée du front populaire, Missak Manouchian est désigné comme rédacteur en chef du journal du HOC.
A la fin de l’année 1937, Manouchian est délégué au 9 e congrès du PCF.

En février 1943, il rejoint le groupe des Francs-tireurs et partisans, un groupe armé constitué par Boris Holban, Juif de Bessarie.

Il va créer alors son réseau « le réseau Manouchian » constitué de 23 résistants communistes, « étrangers et nos frères pourtant … », Espagnols, Italiens, Arméniens, et Juifs, 22 hommes et une femme…

Une femme va rejoindre activement ce réseau : Olga Bancic.

5441759853_98bfd86654_zNée d’une famille juive modeste, dans une province de la Bessarie (en 1812, Les Russes annexent une partie orientale de la Moldavie prenant sous l’Empire Russe le nom de Moldavie-et Bessarie, il est ensuite abrégé par Bessarie en 1918 lorsque cette région devient roumaine), Olga participe déjà aux premières grèves de l’usine qui l’emploie. Des 1933 elle devient un membre actif du syndicat ouvrier.

En 1938, elle arrive en France pour étudier à la faculté de lettres. Elle se marie et donne naissance à une petite fille prénommée Dolores.
Deux ans plus tard, la France est envahie par l’Allemagne et tout de suite, Olga prend sa décision ; elle s’engage dans le groupe des Francs-tireurs et partisans main-d’œuvre immigrée comme Miska. Juste avant, elle confie sa fille à une famille française.

Elle devient membre à part entière de son réseau. Elle se charge de l’assemblage des bombes, des explosifs, et de leur acheminement prévu.

Elle est arrêtée à Paris en1943.

Arrêtés et jugés par un tribunal allemand, les 23 membres du réseau Manouchian sont condamnés a mort.

Les vingt-deux hommes du réseau Manouchian sont fusillés le 21 février.
Olga, elle, sera décapitée le 10 mai 1944 en application du droit criminel de la Wehmacht interdisant de fusiller les femmes (!).

Juste avant de mourir, elle jette ce papier par la fenêtre de sa cellule, une lettre adressée à sa fille…

« Ma chère petite fille, mon cher petit amour.
Ta mère écrit la dernière lettre, ma chère petite fille, demain à 6 heures, le 10 mai, je ne serai plus.
Mon amour, ne pleure pas, ta mère ne pleure pas non plus. Je meurs avec la conscience tranquille et avec toute la conviction que demain tu auras une vie et un avenir plus heureux que ta mère. Tu n’auras plus à souffrir. Sois fière de ta mère, mon petit amour. J’ai toujours ton image devant moi.
Je vais croire que tu verras ton père, j’ai l’espérance que lui aura un autre sort. Dis-lui que j’ai toujours pensé à lui comme à toi. Je vous aime de tout mon cœur.
Tous les deux vous m’êtes chers. Ma chère enfant, ton père est, pour toi, une mère aussi. Il t’aime beaucoup.
Tu ne sentiras pas le manque de ta mère. Mon cher enfant, je finis ma lettre avec l’espérance que tu seras heureuse pour toute ta vie, avec ton père, avec tout le monde.
Je vous embrasse de tout mon cœur, beaucoup, beaucoup.
Adieu mon amour.
Ta mere ».

Sandra Uzan – © Le Monde Juif.info

© Photos : DR

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