Publié le 23 Jan 2013

David Sarnoff (1891-1971) – « La grande route des ondes »

« SOS Titanic…avons heurté iceberg…coulons rapidement… » Ce message de détresse, lancé depuis le tragiquement célèbre navire la nuit du 15 avril 1912, changera le destin de David Sarnoff, jeune télégraphiste et radioamateur qui le capta depuis New York. Etre au bon endroit au bon moment, la providence semble l’avoir constamment voulu pour celui qui sera le pionnier de la radio commerciale dans les années 20 et le père de la télévision américaine dans les années 30. 

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Des signaux Morse au téléphone de Bell en passant par la découverte par Hertz des ondes électriques traversant l’espace, la radio nommée TSF (Télégraphie Sans Fil) à ses débuts, fut une invention collective dont on attribue pourtant la paternité en 1895 au célèbre Marconi. Lorsqu’à son tour David Sarnoff empruntera cette « grande route des ondes » comme il l’appelait, ce sera pour lui faire prendre un chemin révolutionnaire.

Sa future force de caractère, Sarnoff la forgera dès l’âge de cinq dans un h’eder de son shtetl natal en Russie. Destiné à être rabbin, il étudiera le talmud 15 heures par jour, soumis à une discipline très sévère qui lui servira, dira-t-il, durant toute sa carrière.

En 1900, fuyant la pauvreté et l’oppression, les Sarnoff et leurs cinq enfants arrivent à New York où ils vivront dans la misère. Jeune élève brillant, Sarnoff se partage dès 9 ans entre l’école et la livraison de journaux et ouvre un petit kiosque à journaux à 13 ans. Son père tombé malade, Sarnoff tire un trait sur ses études pour devenir soutien de famille à 15 ans.

1906 : attiré par le métier de reporter, il se rend à l’édifice abritant son journal favori le N.Y. Herald. Par erreur ou plutôt guidé par le destin, il se retrouve dans les bureaux de la Commercial Cable Company où il voit pour la première fois un télégraphe électrique. C’est la révélation. Il se fait engager comme garçon de courses, puis, ayant rapidement assimilé le code morse, il devient l’un des meilleurs télégraphistes de l’entreprise. La même année, son refus de travailler à Rosh hashana et Kippour lui vaut d’être congédié, mais il est vite réengagé par l’American Marconi Wireless Telegraph Company qui deviendra plus tard la Radio Corporation of America. 

Les années 1900 sonnent les débuts de la transmission de la voix humaine, les émetteurs deviennent plus puissants et une nouvelle technologie qui passionnera Sarnoff va peu à peu émerger, celle de l’électronique. Devenu opérateur diplômé du « sans-fil Marconi » , il se plonge dans l’ingénierie électrique, alors même qu’il occupe le poste du plus jeune directeur d’une des quatre stations de Marconi.

Lorsqu’en 1912 Sarnoff capte le message du Titanic, il est posté dans une des plus puissantes stations de Marconi placée sur le toit d’un grand magasin new-yorkais. Il entrera en contact avec le Carpathia qui récupérait les naufragés et durant 72 heures d’affilées, il informera la presse du déroulement du drame. Cette médiatisation de l’événement valut ses lettres de noblesse à la TSF et une reconnaissance immédiate de Marconi pour Sarnoff qui ne cessera dès lors de gravir les échelons. Les deux hommes noueront plus tard une grande amitié.

« Je pense à un modèle de développement qui ferait de la radio, au même titre que le piano ou le phonographe, un instrument d’utilité domestique… L’idée est d’amener la musique dans les foyers par les transmissions sans fil » Signée du directeur commercial David Sarnoff et datée de 1916, cette idée d’investissement fait rire ses collègues qui rétorquent : « La boîte à musique sans fil n’a aucune valeur commerciale imaginable. Qui donc accepterait de payer pour recevoir un message qui n’est envoyé à personne en particulier ? ».

Tenace, Sarnoff récidive en 1919 quand G.E. (General Electric) absorbe la Marconi Company qui devient la RCA (Radio Corporation of America). Il impose son concept d’une radio de divertissement en organisant la diffusion en direct à une foule enthousiaste d’un grand combat de boxe, suivi de concerts et d’évènements. A l’heure où la TSF était principalement réservée aux usages militaires et à la navigation, la vente des postes récepteurs au public explosera. La RCA, qui en détenait le monopole, reconnaîtra enfin le potentiel de la radiodiffusion dont Sarnoff, promu vice-président, devient responsable.

En 1920, Sarnoff dirigera la mise en place d’un système d’émissions régulières, fondant ainsi la première station de radio au monde, la KDKA. En 1921, il y a déjà 25 stations de radio et lorsqu’en 1922, l’Europe s’y met à peine à son tour, aux Etats-Unis, les ondes sont déjà encombrées de 576 stations. Mais Sarnoff entrevoit déjà le potentiel d’un autre média encore au stade expérimental, la télévision dite mécanique.

En 1926, Sarnoff fonde la NBC, réseau de diffusion radio de la RCA. Son but est d’en faire la source de financement et le berceau de sa nouvelle ambition : une télévision entièrement électronique.

En 1930, président d’à peine 39 ans de la plus puissante société de communications au monde, Sarnoff va faire de la RCA le fer de lance de la télévision noir et blanc des années 30 et de la télévision en couleurs de l’après-guerre. D’entrée il parvient à obtenir l’indépendance de la RCA par rapport à G.E. En pleine dépression, Sarnoff investit des millions pour financer les recherches qui déboucheront sur la télévision moderne.

« Nous avons ajouté la vue au son ! » Nous sommes en 1939, à l’exposition universelle de New York : une foule fascinée découvre pour la première fois un téléviseur, sur lequel Sarnoff annonce humblement, la naissance de la télévision américaine. La NBC devient dès lors le premier groupe audiovisuel et la future plus grosse chaîne de télévision nationale américaine. Le New York Times rapporte que l’image était claire et stable, mais pour un avant-gardiste tel Sarnoff, le noir et blanc n’était qu’une étape vers la couleur. Cependant, l’évolution sera freinée par la guerre.

1944 : conseiller en communication sous les ordres d’Eisenhower, Sarnoff est celui qui restaura à Paris la station Radio France, détruite par les allemands, pour permettre aux alliés la coordination des communications du jour J, ce qui lui valut d’être nommé général.

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