Publié le 27 Jan 2013

A la mémoire de mon petit ami d’enfance Maurice Pelcman.

Yad Vashem m-morial des enfants

Je m’appelle Evelyne Bieber, et je suis née à Paris.

Dans l’immeuble où j’habitais, rue de Bondy, j’avais un petit ami, Maurice Pelcman, un petit garçon souriant et adorable que j’aimais beaucoup. Nous jouions ensemble et inventions des jeux avec l’inépuisable imagination de l’enfance.

Sa grande sœur, Simone, nous amenait souvent au jardin d’enfants. Nos parents disaient parfois, en souriant : « Ces deux là, un jour, on va les marier ».

Lorsque la deuxième guerre mondiale éclate, la France est envahie par les Allemands, les lois raciales sont décrétées, les persécutions commencent.

En Juillet 1942, les autorités françaises commencent alors l’arrestation des Juifs et à les envoyer vers des destinations inconnues d’où personne ne revient ni ne donne signe de vie.

Ma mère, qui était une femme courageuse, décide alors de tout quitter et de passer en « zone libre » pour se rendre dans le sud de la France, qui, à cette époque, n’était pas encore occupée par les Allemands. Le passage de la ligne de démarcation était très dangereux mais nous avons réussi à passer.

Au bout de quelques mois, la France entière est envahie par les Allemands, et notre vie, chaque jour, mise en danger.

Mon petit ami Maurice et sa famille n’avaient pas quitté Paris et étaient restés dans leur appartement. Malgré le danger, nos mamans restèrent en contact.

Au début de janvier 1944, je reçois une très jolie carte postale d’anniversaire représentant un petit garçon et une petite fille, souriants, marchant bras dessus-dessous, des fleurs dans leurs mains. Au dos de cette carte, d’une écriture enfantine et appliquée, Maurice avait écrit :

« Janvier 1944

Pour tes 10 ans, je te souhaite un heureux anniversaire et j’espère te le souhaiter de plus près l’année prochaine.

Ton petit Maurice »

Après la guerre, lorsque nous sommes revenus à Paris, nous avons appris que Maurice et sa famille avaient été arrêtés et envoyés à Auschwitz d’où, ils ne sont jamais revenus.

Ma mère et moi avons fait notre alya et sommes arrivées en Israël en Août 1949.

Lors d’une de mes visites à « Yad Vachem », on m’a fait savoir qu’il était possible d’apprendre ce qui était advenu des déportés en consultant les listes des convois que les Allemands rédigeaient comme des registres de comptabilité.

Ces listes ont été publiées en France par Beate et Serge Klarsfeld sous forme d’un livre où l’on peut retrouver les noms des personnes se trouvant dans les convois et apprendre ce qui leur est arrivé d’après la date et le numéro du convoi.

J’ai demandé que l’on recherche le convoi comprenant la famille Pelcman entre début janvier 1944 et la date de la libération de Paris.

Lorsqu’on m’a remis ce qu’avais demandé, j’ai lu et j’ai ressenti des frissons d’horreur.

Je savais que mon petit ami Maurice et sa famille avaient été déportés à Auschwitz et n’en sont pas revenus mais, en lisant ce texte d’une sécheresse inhumaine donnant tous les détails atroces concernant les personnes faisant partie de ce convoi, j’ai senti que je remontais le temps dans un tunnel noir et découvrais tout à coup, cruellement, exactement, ce qui était advenu de mon cher petit Maurice et de sa famille.

wagon shoah

Voici le texte concernant ce convoi :

« Convoi Numéro 68 en date du 10 février 1944

Ce convoi est constitué par 1500 déportés : 674 hommes, 814 femmes et 14 indéterminés. 279 de moins de 18 ans parmi eux…

Ici commence une longue liste de mères, d’enfants, mentionnant leur âge, jusqu’à que j’arrive à

Esther Pelcman et ses 4 enfants, Eva 19 ans, Simone 14 ans, Maurice 10 ans et Pauline 3 ans ». 

A l’arrivée à Auschwitz, le 13 février, 210 hommes sélectionnés reçoivent les matricules 173708 à 173917 ainsi que 61 femmes de 75340 à 75400.

1229 personnes sont aussitôt gazées. En 1945, on compte 42 survivants, dont 24 femmes.

Lorsque j’ai visité à « Yad Vachem », le Mémorial des enfants, dans lequel sont lus, en boucle, toute la journée, les noms d’un million d’enfants juifs assassinés pendant la Shoah, j’ai regardé la coupole noire où brillent les petites étoiles représentant chacune l’âme d’un enfant juif et j’ai vu, dans l’une d’entre elles, mon cher petit ami Maurice.

En regardant autour de moi, j’ai vu, dans le verre sombre qui recouvre le mur, ma silhouette qui bougeait, prouvant que j’étais vivante, malgré les dangers quotidiens mettant ma vie en péril pendant 3 ans. Et là, j’ai compris qu’il m’était arrivée un miracle, celui que mon nom ne soit pas lu dans ce mémorial et parmi les étoiles qui brillent dans la coupole.

Mon petit ami Maurice m’a envoyée en janvier 1944 une carte d’anniversaire dans laquelle il me disait espérer qu’on pourrait le fêter ensemble dans un an.

Chaque année, le jour de l’holocauste, pour commémorer sa mémoire, je pose cette carte si émouvante, jaunie, abimée, si vieille, déchirée aux coins, près d’une bougie du souvenir et d’un bouquet de fleurs, pour moi, elle représente la tragédie de la Shoah.

Par Evelyne Bieber – © Le Monde Juif .info

© Photos : DR

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