Publié le 5 Mai 2017

Haïm Korsia, grand rabbin de France : « Redonnons l’espérance de la fraternité, votons Macron »

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La présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle a fait réagir plusieurs institutions religieuses. Dans une tribune pour « l’Obs », le grand rabbin de France explique pourquoi le FN est une menace pour la communauté juive et la laïcité, il alerte contre l’abstention et appelle à voter massivement pour Emmanuel Macron.

« Dimanche, nous écrirons une nouvelle page de notre histoire. En nous rendant aux urnes, nous choisirons le visage de la France pour les cinq ans à venir. L’enjeu est majeur, les défis considérables. Comme chaque élection présidentielle marque un tournant pour le pays me direz-vous peut-être. Oui, mais aujourd’hui bien plus encore.

En 2002, la France est descendue massivement dans les rues pour s’opposer au Front national et marquer son refus de voir le parti d’extrême droite arriver au pouvoir. Depuis s’est installé un sentiment d’acceptabilité, presque de normalité, à voir le Front national présent au second tour de l’élection présidentielle. Non seulement ce constat me désole, mais il est révoltant.

Non, le Front national n’est pas un parti comme les autres. Fondé sur le terreau de la haine, de la rancœur, de la défaite morale de la Collaboration, se développant sur la colère, la désespérance de nos concitoyens, prônant l’enfermement et le repli sur soi, ses positions ont toujours été ancrées dans le refus de l’Autre, de l’accueil et dans la fermeture. Ce parti est dangereux pour l’avenir de la France et des Français, tant il porte atteinte aux principes républicains qui fondent notre Nation et à l’image de notre pays dans le monde. Sa seule logique est un fantasme de pureté alors que la France est un creuset, riche de toutes nos diversités.

Le Front national n’a pas changé. Son projet est toujours le même et s’inscrit dans la voie violente tracée par son fondateur.

Récemment encore, il a rappelé par la voix de sa présidente, son refus de porter l’Histoire, toute l’Histoire de France, en niant notre responsabilité dans la rafle du Vélodrome d’Hiver, au cours de laquelle près de 13.000 personnes ont été arrêtées et déportées vers les camps de la mort. La République l’avait pourtant affirmée par la voix si digne de Jacques Chirac après que les historiens l’aient attestée.

Et de dénoncer, dans une obsession maladive pour tout ce qui touche cette période de l’Histoire, la visite d’Emmanuel Macron au Mémorial de la Shoah, il y a quelques jours à peine, alors qu’elle s’inscrivait dans le cadre de la Journée nationale du souvenir de la déportation, qui a lieu tous les ans, le dernier dimanche d’avril.

Le Front national n’en est pas là à son coup d’essai. Il est de ma responsabilité, en tant que grand rabbin de France, de rappeler les propositions nocives de ce parti qui veut radicalement remettre en cause la laïcité, cette part du génie français à laquelle nous tous, citoyens, sommes tant attachés, telle qu’elle est définie par la loi de 1905.

Car c’est bien de laïcité et de libre exercice de culte dont il est question quand il s’agit d’interdire le port de tout signe religieux dans l’espace public. Un homme portant la kippa, ou même une sœur coiffée de son voile de religieuse – ce signe de bonté absolue envers les faibles – ne manifestent ainsi que leur foi, sans prosélytisme aucun et sans risque de trouble à l’ordre public. Faire d’eux des dangers pour la République, c’est dénier à la France un de ses fondements historiques : celui d’être le pays des Lumières, le berceau des Droits de l’Homme, une terre d’asile et d’accueil chaleureuse. Une terre d’intelligence, de ponts et non pas de murailles.

Que dire de la volonté maintes fois renouvelée d’interdire l’abattage rituel ? N’est-ce pas là un risque majeur de trouble à l’ordre public, une pulsion clairement affirmée de mettre en péril la liberté religieuse qui régit la société dans laquelle nous vivons ? Il deviendrait alors si compliqué pour les juifs, comme pour les musulmans, de continuer à vivre sereinement leur foi. Nul ne peut être contraint de choisir entre sa citoyenneté et sa croyance. Pourquoi diviser, fragmenter, opposer, plutôt que rassembler et partager ?

La fraternité que nous dicte notre devise devrait au contraire guider nos pas vers la rencontre et la connaissance de l’Autre, et non pas vers son rejet et son exclusion. Or, c’est bien la mise au ban de certains d’entre nous qu’il s’agirait.

Si Job a tant souffert, c’est qu’il s’est tu, qu’il n’a pas su parler, s’exprimer. Rappelez-vous que le silence est toujours la pire des options ; l’abstention, jamais une solution. Voter ne coûte rien, mais s’abstenir peut coûter très cher.

Dimanche, il faudra faire un choix en conscience, en dépassant les clivages politiques, car il en va de l’avenir de notre pacte républicain. Chacun sera libre de retrouver pour les élections législatives les positionnements idéologiques et politiques qui sont les siens. Mais d’ici là, pas une seule voix ne doit manquer au seul candidat garant de nos institutions et ardent défenseur d’une France riche de sa diversité et des valeurs humanistes qu’elle a su transmettre dans le monde entier.

Dimanche, portons haut les couleurs de notre drapeau, redonnons à la France l’espérance de la fraternité ! Votons pour Emmanuel Macron afin de construire un destin qui nous ressemble et nous rassemble. »

Haïm Korsia, grand rabbin de France, membre de l’Institut.

Lire sur ►►► L’Obs  | Photo : DR

Yossi Avraami

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